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Communication de Roberto Lopez, au colloque du 26 novembre 2014, à Bruxelles, sur la GPA

Je voudrais remercier les organisateurs de ce colloque pour le grand honneur qu’ils me font, alors que l’on a célébré, il y a six jours, la journée internationale pour les droits de l’enfant. Le 20 janvier 2014 je suis intervenu à Washington DC au sujet de l’importance des droits des enfants. Un des grands problèmes qui nous est posé est une question académique voir une question disciplinaire. Je ne parle pas de la discipline demandée aux enfants, mais d’une discipline intellectuelle. Comment peut-on affirmer qu’il existe quelque chose qu’on nomme le droit de l’enfant et comment peut-on dire que le droit a été violé? C’est une sorte de mystère épistémologique: comment est-ce qu’on sait ce qu’on sait, et comment est-ce qu’on peut diffuser nos savoirs?

 

En parlant des droits de l’enfant dans le contexte anglophone c’est un peu compliqué car il y a beaucoup de confusion quant aux mots “droits de l’enfant.” Cette expression est parfois réduite à sa signification strictement épidémiologique. Les militants pour l’enfance qui utilisent le titre “droits de l’enfant” en anglais sont très vigilants aux enjeux comme la pauvreté infantile, l’abus physique, la santé, les vaccinations, etc. Très souvent ces experts visent la “justice” en basant leurs objectifs sur les statistiques et les chiffres: le pourcentage des élèves qui finissent leurs études, leurs notes, la proportion des enfants qui souffrent de maladies physiques ou mentales. Cette emphase positiviste (si on peut le dire) manquait généralement d’un vocabulaire pour douter et questionner la philosophie derrière ces chiffres.

 

Parmi les militants pour les enfants, au nom de la réduction de la pauvreté infantile, les savants donnent un grand bénéfice aux parents et aux communautés riches: C’est à dire, vu que les riches peuvent acheter plus de choses pour les enfants — si un expert mesure les différences entre les enfants il va décider, que les enfants des riches sont plus heureux, plus acceptables, plus représentatifs de ce que la société vise en tant qu’idéal. Les enfants des riches ont de meilleures notes académiques, moins de maladies, des chambres plus rangées, ces chiffres sont des “preuves” du bonheur dessiné par les experts de statistiques.

 

Certains experts des “droits de l’enfants” appuient l’avortement, la chirurgie transsexuelle, et l’homoparentalité parce que des études trouvent des chiffres qui confirment analytiquement que ces événements étaient “meilleurs” pour les enfants. Et que les enfants avec de telles approches “allaient mieux” en général.

Il faut dire que cette génération d’experts des droits de l’enfant fonde ses conclusions sur les sciences sociales, en évitant la philosophie, l’histoire, et les lettres.

 

Et là je pose la question : quel sens y a t-il à mesurer le bonheur d’un enfant avec de telles additions? Quel est le sens de réduire la vie d’un enfant à une équation mathématique ? Mon sujet consiste à ramener au cœur du débat la philosophie, l’histoire, et les lettres.

 

Il y a deux ans, en France, a commencé quelque chose de très différent, au nom des “droits de l’enfant.” 

 

Les manifestants en France disaient “Non” aux idées auxquelles les savants disaient “Oui.” Au vu de cette lutte entre l’académique et le populaire, il faut se demander: Pourquoi cette grande différence de point de vue? Est-ce qu’on peut imposer une science académique contre le bon sens populaire qui paraît profondément opposé à la GPA?

 

A cette question, moi, je dis “oui.” il est possible de résister à la pression académique du politiquement correct et je trouve cela absolument nécessaire. 

 

Il y a trois lobbys très puissants exportés par les américains: celui de la reproduction artificielle, celui de l’adoption “adoption industry”, et celui des gays et lesbiennes. Tous les trois perçoivent un bénéfice soit économique soit social à affaiblir le lien social entre l’enfant et ses parents biologiques. Tous les trois ont beaucoup d’alliés libéraux dans les universités américaines, qui fournissent une grande quantité d’experts qui alimentent la rhétorique des chefs d’états libéraux. 

 

Najat Vallaud-Belkacem, Pierre Bergé, et Christiane Taubira, par exemple, disaient au peuple français que la science sociale était de leur côté. Ils disaient avec beaucoup d’assurance qu’il existait un consensus aux Etats Unis, selon lequel les enfants avec ou sans leur père et mère biologiques ont des résultats de bonheur mesurables par la richesse. Et si on accepte le concept qu’un enfant est une chose mesurable et qu’il est possible de le mettre en équation, alors ils avaient raison.

Aux Etats Unis, l’American Sociological Association, American Association of Pediatrics, American Medical Association, beaucoup d’associations pour les adoptions et les familles d’accueil, l’American Psychiatric Association, tous cercles d’influence très importants, étaient d’accord sur l’interprétation des “études.” Ils additionnaient les notes à l’école, les états de santé — et en Australie, on mesurait le “bonheur” de 500 enfants de couples de même sexe, y compris beaucoup d’enfants conçus par GPA. Ils ne trouvaient “aucune différence” ou il trouvaient que c’était à l’avantage des familles anti-biologiques. 

 

Il y avait quelque chose très troublant au sein de ces tendances: c’est qu’on parlait en fait de vendre et d’acheter la vie humaine ; avec les biomatériaux, les enfants seraient comparables voir interchangeables. Aux -Etats-Unis avec une histoire très lourde de l’esclavage on attendrait un peu plus de précaution — mais on le ne trouve pas. Les sciences sociales étaient à l’aise en justifiant la vente et l’achat des enfants. 

 

En Amérique, le peuple acceptait ces propos. En France, non. Puisque j’ai travaillé beaucoup dans les deux pays. Je me demande pourquoi cette différence.

A cause de mon travail en tant que traducteur, il y avait des gens en France qui ont découvert ma biographie personnelle, y compris mon enfance avec une mère lesbienne et mes écritures basées sur ce que j’ai vécu. Mais plus important que ma biographie est mon travail en tant que professeur de lettres, diplômé en grec et latin, et formé par les théories de Michel Foucault, Gilles Deleuze, et beaucoup d’autres philosophes français ayant beaucoup d’influence aux Etats Unis. Vraiment, avoir eu une mère lesbienne, c’est très important à mentionner quand je milite. C’est également important qu’il y ait des intellectuels qui utilisent l’ensemble de l’art et littérature humaine pour donner au discours une ampleur et une rigueur intellectuelle hors des chiffres, hors des sciences sociales.

 

La GPA c’est l’achat et la vente des enfants. Elle l’est. Mais il faut qu’on continue à trouver un discours pour expliquer ses lourdes conséquences.

 

Il faut nous souvenir que l’argent c’est un système de chiffres. Beaucoup des gens qui voulaient légaliser la marchandisation de la procréation étaient riches, car ils avaient la possibilité d’acheter les enfants. Alors les sciences sociales favorisaient les lobbys plus riches. Et peut-être, c’est ironique, mais supposément la gauche est le côté qui doit surveiller les abus des riches et protéger les pauvres; dans ce cas-ci, la gauche ne fait pas ce qu’il faut.

 

Si on sort du cadre des sciences sociales on peut entrer dans la littérature, la philosophie, l’art, et l’histoire; et là on trouve beaucoup d’évidence, que l’humain a le désir éternel d’arriver dans une famille sans être acheté ou fabriqué ; chaque garçon, chaque fille a le désir naturel d’un père et d’une mère, et l’humain est toujours attiré par ses origines de soi, par la question: ‘d’ou est-ce que je viens? Pourquoi est-ce que j’existe?’ L’histoire nous montre en Amérique trois exemples très importants de choses qui ont laissé des traces de souffrances gigantesques à cause de l’erreur humaine de ne pas respecter ces deux désirs éternels: l’esclavage, le génocide culturel des indiens indigènes, et l’eugénisme. 

Jusqu’à maintenant les courants conservateurs américains qui ont saisi le projet de défendre la famille ont fait l’erreur d’essayer de poser la résistance à la marchandisation de l’enfant en citant plus d’études et plus de sciences sociales. 

Les études sociales ne sont pas pertinentes pour conclure sur la dignité humaine de la situation dans laquelle les enfants sont placés. 

 

La droite était vraiment d’accord avec notre gauche quant à la vision positiviste du monde: la vision libérale rejoint la vision progressiste qui interdit d’interdire.

La réalité c’est que la science sociale n’appuie pas la résistance à la GPA. Ou au moins, la science sociale ne nous aide pas si c’est notre seul niveau de discours. Il faut mobiliser l’art, la littérature transhistorique, l’histoire et la philosophie, parce qu’il faut pouvoir exprimer en mots concrets ce que nous savons par instinct:

—Même si un enfant vendu par sa mère pauvre à un couple stable et riche peut avoir des meilleures notes, gagner plus d’argent, et atteindre des résultats plus hauts, ce n’est pas une preuve de bonheur. Il y a quand même une série d’injustices irréparables, par exemple la négation des origines, ou la séparation avec un parent, ou l’abandon, ou la vente, ou l’achat, ou la conception dans une boite sans amour, une blessure spirituelle qui vient du fait d’être vendu.

 

C’est un travail pour les traducteurs, les écrivains, les profs, etc. Depuis le commencement de mon travail en tant que traducteur, j’ai rassemblé une équipe d’experts de littérature, droit, philosophie, histoire, etc., de 5 pays: Angleterre, France, Belgique, Suisse, et Etats Unis. Le 3 d’octobre on a lancé notre institut avec l’aide de 120 de mes étudiants de los Angeles, qui ont rassemblé quatre-vingts panneaux sur la culture de l’antiquité et du 19eme siècle, pour imaginer la réalité contre-nature de quatre tendances identifiées dès l’antiquité: la PMA, la GPA, l’adoption, et le divorce. Ce soir on ne parle que de la GPA mais il y a des liens entre la GPA et ces autres tendances. Je voudrais vous présenter trois études faites par mes étudiants sur des mythes ou de la littérature avec un lien avec la GPA? 

 

Œdipe : est-ce que Sigmund Freud avait raison quand il a dit que ce mythe symbolise l’inceste? Moi, je dis oui, mais je dis aussi qu’il y a des autres niveaux de lecture. Le problème pour Œdipe, c’est que son père biologique l’a abandonné et qu’il a été élevé ailleurs sans connaitre ses origines. Son identité réelle est confisquée par sa famille pour son bien. Il vit dans la confusion avec une relation filiale en miettes.  Quand il tue son père il ne reconnait pas que c’est son père, et quand il couche avec sa mère il ne sait pas qui elle est. Le lien brisé de sa filiation est la cause de sa chute.

 

Bacchus (Dionysos en grec) né de la cuisse de Jupiter (Zeus en Grec) : d’après Ovide, la naissance de Bacchus est le résultat d’une tragédie cruelle. Sa mère Sémélé était une mortelle qui a eu une aventure avec Jupiter, et à cause de la jalousie de Junon (Héra en Grec). Jupiter a saisi l’ovocyte des cendres de la femme morte, il a implanté cet ovocyte dans sa jambe, et un enfant a grandi dans sa cuisse. Ce mythe décrit une GPA: Sémélé a donné son ovocyte, pour l’enfant de Jupiter. Junon jalouse élimine de sa vie définitivement la donneuse d’ovocyte. Le message du mythe c’est que cette façon d’avoir en enfant en se débarrassant de la génitrice c’est toujours un horreur réalisée par la cruauté: en effet Junon manigance de telle sorte que Sémélé meurt brulée vive. Du point de vue de Bacchus, sa mère génitrice a été brûlée par la femme de son père.

 

La Case de l’Oncle Tom est le livre le plus populaire aux Etats Unis, au 19ème siècle et beaucoup d’historiens lui font l’honneur d’avoir incité à la Guerre Civile qui a fini avec l’émancipation des esclaves américains. Mais quel est le passage plus emblématique et inoubliable pour nous les américains? C’est quand Liza sait que si elle n’échappe pas avec son bébé, les négriers vont le lui enlever pour le vendre à quelqu’un d’autre. Elle saute de bloc de glace en bloc de glace sur le fleuve entre le Kentucky et l’Ohio pendant l’hive,r avec le petit dans ses bras. C’est l’image de la mère qui refuse de perdre la chair de sa chair qui a toujours incarné le mal de l’esclavage. En 1700 Samuel Sewall, le premier abolitionniste américain, a cité les trois crimes plus graves de l’esclavage et là on ne trouve ni violence ni le racisme. Il cite la séparation des enfants de leurs parents, les hommes des femmes, et les personnes de leurs origines. Merci

 

Baisse des naissances au premier trimestre 2015

Dans l’article suivant, publié le 24 avril sur Magistro[1], Jacques Bichot attire l’’attention sur la baisse des naissances au premier trimestre 2015 et souligne les conséquences fâcheuses d’une baisse de la natalité, en particulier pour les retraites.

 

Comme il l’indique, un trimestre est une période trop courte pour affirmer catégoriquement que la natalité est en baisse et y voir les conséquences des mesures anti familiales de ces deux dernières années.

 

On constate cependant que les résultats du mois d’avril sont, à leur tour, inférieurs d’un millier de naissance à ceux d’avril 2014 et qu’il est temps de tirer le signal d’alarme.

 

 

L’INSEE vient de publier le chiffre des naissances en France métropolitaine pour le mois de mars 2015. On dispose ainsi des données pour le premier trimestre : la baisse par rapport aux années précédentes est trop sensible pour que l’on ne signale pas cette évolution. Jean Legrand, qui depuis des décennies joue un rôle de vigie dans ce domaine, a tout de suite fait le calcul du taux de fécondité qui en résultera si le reste de l’année est à l’avenant : 1,9 enfant par femme au lieu de 2 (plus ou moins 0,2) au cours des 7 années précédentes. En chiffres bruts, corrigés pour les années bissextiles, la France métropolitaine en est à 183 100 naissances au premier trimestre 2015, contre 191 800 sur la même période 2014, et une moyenne de 190 900 pour les années 2008 à 2013.

 

Pour comprendre l’importance du phénomène, regardons ce qui en résultera, toutes choses égales par ailleurs, en matière de production. Un être humain né en France crée en moyenne environ 70 000 € de richesse chaque année pendant 40 ans. Pour le total de sa vie active, cela fait 2,8 millions d’euros. 10 000 naissances en moins, c’est donc quelque chose comme 28 milliards d’euros de PIB en moins dans les décennies à venir. Hélas, nos cerveaux sont ainsi formatés qu’un manque à gagner de 28 milliards les impressionne nettement plus qu’un "manque à naître" de 10 000 bébés.

 

Quid des causes de ce déclin de la natalité ? Il est difficile d’affirmer péremptoirement que les atteintes portées à la politique familiale (au niveau du quotient familial, des prestations, et des droits familiaux à pension), sont la cause principale. Mais il l’est encore plus de prétendre avec assurance que ces coups de canif dans le budget des familles, et indirectement dans la considération qui leur est due, ne joue aucun rôle. Si bien que le principe de précaution conduirait tout gouvernement responsable à remettre la pédale d’accélérateur dans la position où elle se trouvait avant qu’il ne lève le pied.

 

Et si nous rêvions au point d’imaginer des hommes politiques capables de percevoir le lien étroit qui lie la procréation et les retraites conformément au théorème de Sauvy ("Nous ne préparons pas nos retraites par nos cotisations vieillesse, mais par nos enfants"), alors nous nous dirions que le moment est venu pour eux de lancer le chantier d’une véritable réforme des retraites par répartition. Pas une nouvelle réformette comme en 1993, 2003, 2010 et janvier 2014, mais une révolution copernicienne liant enfin l’attribution des droits à la retraite aux investissements réalisés dans la jeunesse, comme Arnaud Robinet et moi le proposons dans La mort de l’Etat providence ; vive les assurances sociales (les Belles Lettres, 2013).

 

Le Conseil d’orientation des retraites est aujourd’hui condamné à réactualiser d’année en année des projections conçues comme si l’avenir était prévisible 30 ans à l’avance, autrement dit à ronronner pour conforter les pouvoirs publics dans leur procrastination. Pourquoi ne pas le charger de préparer enfin une belle réforme ?

 

Jacques Bichot

Le 30 mai 2015

 

Les femmes des milieux défavorisés, victimes de la « libération de la femme »

 

Certains sujets intimident. C’est le cas de la condition féminine. Il est convenu que seules les femmes sont qualifiées pour en parler. Les hommes se tiennent en dehors des débats qui agitent les différentes écoles de pensée féministe. Ils s’abstiennent de toute observation critique. Leur passivité est particulièrement frappante dans les milieux politiques. Depuis quarante ans que nos gouvernements incluent systématiquement un portefeuille du « droit des femmes », jamais son titulaire n’a été de sexe masculin. Le pouvoir socialiste qui nous dirige aujourd’hui va plus loin encore. Il en est arrivé à considérer que l’égalité entre hommes est femmes était une affaire exclusivement féminine. Les ministres qui ont été désignés à cette mission n’ont jamais été des hommes. Le Président de la République les a, il est vrai, flanqués d’un « Haut Conseil à l’égalité » qu’il a proclamé « strictement paritaire ». Dans la réalité, les représentants du sexe masculin y sont des figurants. 5 de ses 6 commissions sont présidées par des femmes. La seule qui leur échappe est la moins importante : elle s’occupe de vagues « enjeux internationaux et européens ». Les 19 « membres de droit » de ce même Conseil –c’est à dire les hauts fonctionnaires qui en sont l’armature- sont tous des femmes, sauf un.

 

La déresponsabilisation des hommes

 

                             Quoique je sois un homme, quoique je sois conscient des périls qui m’entourent, je me risque à livrer mon sentiment. J’estime que la méthode suivie par le pouvoir socialiste pour émanciper les femmes a plus d’inconvénients que d’avantages. Elle accentue une détestable déresponsabilisation des hommes. Elle se retourne contre une part croissante de nos concitoyennes et, par conséquent, manque son but. La désaffection qui s’ensuit apparaît dans les scrutins au suffrage universel . Trois ans après que Najat Vallaud Belkacem puis Marisol Touraine aient mis en œuvre la politique de « vraie égalité » promise par François Hollande, l’adhésion des électrices à la gauche est en recul visible. Il est grand temps que nos responsables appliquent un autre principe, même s’il leur paraît étrange : que la condition des femmes est indissociable de la condition des hommes. L’équilibre et le progrès de notre société ne peuvent être assurés sans un dialogue permanent entre les deux moitiés qui la composent.

                               Je me bornerai à examiner ici un seul aspect de ce vaste problème.

                               Les féministes qui inspirent la politique du pouvoir socialiste imaginent une « vraie égalité » en deux étapes.

                               D’abord elles mettent tous leurs efforts dans une libéralisation accrue de la contraception et de l’avortement. L’accès à la « pilule du lendemain » a été facilité, y compris dans les écoles ; l’interruption volontaire de grossesse est désormais gratuite ; l’Etat la rend disponible « à proximité » de toutes les demanderesses ; la « semaine de réflexion préalable » a été supprimée, etc.. Selon les ministres et les députées qui ont voulu ces mesures, les Françaises bénéficient ainsi d’une liberté plus grande. Des sondages semblent montrer que l’opinion publique approuve massivement ces « avancées ».

                                 Ne nous laissons pas prendre à des apparences. La réalité est plus complexe et moins flatteuse.

 

                                   Commençons par l’opinion publique. Si les questions relatives au droit à l’avortement sont posées en termes binaires (pour ou contre), il est exact que la majorité des femmes, et plus encore des hommes, sont « pour ». Mais si l’on se donne la peine d’enquêter de façon moins sommaire, l’idée d’un droit inconditionnel et immédiat se fracture. Quand on évoque des différences d’âge, de statut matrimonial, de circonstances, les réponses deviennent circonspectes ou hostiles. Dans notre pays, de telles études heurtent la pensée dominante ; elles sont négligées ou dissimulées. Il faut examiner celles qui sont publiées aux Etats-Unis. Elles montrent notamment une divergence frappante entre femmes des classes supérieures, très favorables à une libéralisation systématique de la contraception et de l’avortement, et celles des catégories défavorisées, qui exprime leurs réticences ou leur désapprobation.

 

 Des femmes qui ne peuvent compter que sur elles

 

                                 La raison est facile à expliquer. D’un côté, se trouvent des privilégiées dont les diplômes universitaires, les revenus, les relations de travail leur assurent une grande indépendance de vie. La rivalité avec les hommes ne leur est pas défavorable. Elle les stimule plutôt. La solitude matrimoniale ne les effraie pas. Quand elle n’est pas voulue, elle cesse rapidement. Leur ambition, c’est, selon le mot de Simone de Beauvoir, de « s’approprier en propre ». Pour elles, la contraception et l’avortement sont « l’exigence la plus élémentaire », sans laquelle leur égalité avec les hommes serait impossible. Elles soutiennent chaleureusement les féministes du parti socialiste qui, d’ailleurs, sont des leurs. A l’inverse, les femmes sans diplômes, sans ressources propres, sans possibilité d’ascension sociale, se sentent plus victimes que bénéficiaires de l’émancipation que le gouvernement leur offre. La contraception et l’avortement leur donnent, certes, un pouvoir discrétionnaire sur la vie de leurs enfants à naître mais, en contrepartie, la création d’une famille, le mariage, la contribution du père à l’éducation des mineurs, sont des choix qui relèvent exclusivement du bon vouloir masculin. Or ces femmes ont un besoin impérieux de partager avec un conjoint des charges trop lourdes pour elles seules. L’instabilité des couples, le foyer monoparental, la dérobade des hommes, sont des défis faciles à relever dans les catégories aisées ; mais ils renvoient les femmes défavorisées en bas de l’échelle sociale où elles forment la majorité des exclus et des marginalisés. Les bulletins de victoire de Najat Vallaud Belkacem et Marisol Touraine ne trouvent aucun écho favorable chez elles.

                               Ensuite vient la deuxième étape imaginée par les féministes du parti socialiste : elle consiste à obliger les hommes, supposés hostiles, de respecter une véritable égalité sociale et politique. Il est frappant d’observer que les mesures les plus importantes prises sous leur impulsion, concernent des enjeux de pouvoir : parité systématique dans les candidatures aux élections, quasi parité dans les conseils d’administration, objectif de parité dans les métiers valorisants de l’audiovisuel (journaux télévisés notamment). Là, les contraintes légales d’égalité entre hommes et femmes sont strictes et les sanctions lourdes en cas de défaut. Mais, quand la ministre se penche sur le sort des mères de familles monoparentales ou des femmes abandonnées sans ressources par leurs conjoints, ses bonnes paroles couvrent des projets vagues et des mesures timides. Les inspiratrices de « l’égalité réelle » se soucient plus de pouvoir que de justice. Pour elles, les hommes sont des concurrents à contrôler et non pas des partenaires à solliciter.

                               C’est ainsi que l’action des féministes socialistes s’enfonce dans une contradiction curieuse : ce qui fait leur orgueil, conduit à la déchéance des femmes les plus nécessiteuses sous le regard indifférent des hommes . Mais elles ne veulent pas le voir. Leur politique peut bien exhiber des symptômes de plus en plus étendus d’impasse intellectuelle et de refus populaire ; elle continuera jusqu’à ce que leur soit arrachée l’autorité sans partage qu’elles exercent sur tout ce qui touche la condition féminine.

 

 

Michel Pinton

Ancien député au Parlement européen

Administrateur de Famille et Liberté

Le 7 mai 2015   

Le 7 mai 2015   

 

Abroger la loi Taubira?

 

 

Sous le titre « Abrogation : protéger le mariage après la loi Taubira », la revue Liberté Politique n°65[1] a publié un dossier très complet sur le mariage. Nos lecteurs trouveront ci-dessous une analyse de la contribution à ce dossier de Michel Pinton, administrateur de Famille et Liberté. Le titre de son article : « Abroger les racines de la loi ».

 

Les racines de la loi

Après avoir affirmé en préambule que «  Le bien de notre peuple exige [que la loi Taubira soit abrogée] et le plus tôt sera le mieux », Michel Pinton ajoute un peu plus loin qu’ « un retrait pur et simple n’est pas souhaitable si d’autres conditions ne sont pas remplies. » Il faut en effet accompagner la suppression souhaitable de la loi par ce que nous appellerions une reconquête culturelle. L’auteur pose comme point de départ une analyse lucide des raisons pour lesquelles, finalement, et nonobstant les manifestations spectaculaires, on peut dire que « les Français sont devenus en majorité favorables au mariage entre personnes du même sexe ». Même si bien souvent c’est simplement « leur souci de tranquillité publique [ou personnelle : ne pas se poser de questions] qui l’emporte sur leur hostilité ».

L’argumentation principale de l’article repose sur la mise en lumière de ce qui s’apparenterait à une guerre de religion. En ces temps de laïcité proclamée, la religion n’est pas forcément là où on le pense. Celui qui a été acteur et témoin de la politique française depuis les années Giscard[2], a vu progressivement s’installer dans la culture et dans les décisions politiques qui en sont la traduction dans nos lois et nos vies, de ce qu’il appelle « une foi néo-cathare ».

Comme au XIIIe siècle, on retrouve « un dogme central dont la véracité ne peut être démontrée : le corps humain n’est qu’un outil à la libre disposition des désirs de l’esprit. » Et l’auteur ajoute : « Il est vrai que cette religion est purement séculière. Elle ne met l’homme en relation avec aucun dieu. La belle affaire ! Le siècle qui nous a précédés n’a-t-il pas été obligé de lutter contre une autre religion séculière appelée le communisme ? Ne prétendait-elle pas aussi changer la condition humaine, apaiser nos relations avec nos semblables et faire de chacun de nous le maître de son destin ? Dans les deux cas, aucun dieu n’est nécessaire. C’est l’homme lui-même qui est divinisé. C’est d’ailleurs une des raisons de leur attrait. »

Une foi néo-cathare

Rappelons-nous : les Cathares, ou les Albigeois comme on disait aussi, prônaient avant tout « la séparation de l’esprit, par essence bon et pur, d’avec le corps, enveloppe de boue dont on pouvait faire ce que l’on voulait, y compris le supprimer par le suicide (acte hautement loué) ou l’exténuer dans les plaisirs les plus variés, à l’exception de la procréation, jugée mauvaise dans son principe même. […] Les « Parfaits » de notre passé avaient l’obligation de devenir comme asexués, la semence humaine étant, selon les cathares, la substance la plus polluante qui fut. »

Ce mépris du corps[3], simple outil de plaisir bon à jeter lorsqu’il ne sert plus, Michel Pinton en voit la première manifestation et la matrice dont tout découle, dans la loi Neuwirth en 1967 : « En refoulant ou en contrariant les lois naturelles du corps, et plus particulièrement du corps de la femme, la pilule, le stérilet et les autres contraceptifs ont accrédité l’idée que ce même corps n’était qu’un instrument à la disposition des désirs de l’esprit.[…]

« L’idée que ce corps n’est qu’un outil a pour corollaire, par exemple, l’indifférence à sa sexualité, d’où découle l’égalité de traitement entre hétéro et homosexualité, fondement de la loi Taubira ; ou le refus de son corps, qui aboutit au droit de changer de sexe et celui de choisir l’heure de sa mort ; ou encore le rejet de la vie autonome du corps, base de l’interruption volontaire de grossesse. L’euthanasie, l’homosexualité, l’avortement ont toujours existé. Mais c’est dans le sillage de la contraception chimique et mécanique qu’ils ont réclamé une reconnaissance positive. Et s’ils l’ont obtenue, c’est parce qu’une part de plus en plus importante de l’opinion publique se reconnaît dans l’idée de ce qu’est l’homme et de sa relation à son corps, que la contraception a suggérée ».

Nous devinons comment il va être très bientôt aisé de justifier la PMA et la GPA : « puisque le corps humain est un simple outil, il est normal qu’il puisse être vendu et acheté selon sa valeur marchande. »

 

« Dieu se rit de ceux qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes ».

On pourrait sourire de ces extrapolations si l’histoire ne nous donnait une leçon : si les cathares, avec une vision de l’homme proche de la nôtre, n’allèrent pas aussi loin, c’est qu’ils ne bénéficiaient pas des mêmes prouesses scientifiques et parce que leur foi a trouvé en travers de son chemin une autre foi, alors largement partagée et solide et un St Dominique.

L’histoire toute récente confirme d’ailleurs aussi cette analyse : « Simone Veil s’est indignée des changements apportés à la loi qui porte son nom » ; elle dont Michel Pinton  rappelle qu’elle disait en 1974 : « Si la loi admet la possibilité de l’interruption de grossesse, c’est pour la contrôler, et autant que possible en dissuader la femme ».  « Elle s’illusionnait » commente-t-il.

Même scénario pour Lionel Jospin qui a établi le PACS en pensant avoir ainsi « trouvé un compromis prudent et définitif » et qui a, trop tard, « protesté contre la légalisation du mariage homosexuel ».

« Ni l’un ni l’autre ne sont conscient d’en être responsables » commente M. Pinton.

Comme le disait Bossuet : « Dieu se rit de ceux qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes ».

 

Roselyne Bachelot, à son tour, crut bon en 2010, de remédier au nombre inquiétant d’avortement d’adolescentes en prescrivant « une grande campagne de promotion des produits contraceptifs dans les collèges et lycées ». Elle aurait été « surprise » affirme Michel Pinton de récolter le contraire de ce qu’elle souhaitait : un nombre accru d’avortements. Elle connaissait sans doute moins bien les ressorts de la nature humaine que Jean-Paul II cité ici par M. Pinton : « Il peut se faire que beaucoup de ceux qui recourent aux moyens contraceptifs, le fassent dans l’intention d’éviter la tentation de l’avortement. Mais les valeurs présentes dans la mentalité contraceptive sont telles qu’elles rendent cette tentation plus forte. »

 

Que faire alors ?

Face à l’envahissement de cette nouvelle religion, M. Pinton préconise un retour à la …laïcité !

« Aujourd’hui deux idées de l’homme et de ses droits se partagent la conscience française. L’une est défendue principalement par l’Eglise catholique ; l’autre est portée par la religion néo-cathare […] L’expérience quotidienne montre à quel point la puissance de l’Etat soutient la seconde et repousse la première. […] Il faut exiger qu’il mette un terme à son insupportable partialité.»

[…] Leur donner les mêmes avantages ferait beaucoup plus qu’élargir un choix de techniques : ce serait rétablir l’égalité entre deux éthiques de l’union sexuelle. L’Etat reviendrait à son obligation de laïcité. »

Ce serait peut-être un bon début, encore que mettre sur le même pied la vérité et l’erreur relève peut-être aussi de l’illusion. Tout et son contraire peuvent-ils vraiment coexister dans les mêmes lois ? dans la même culture ? La laïcité, idée chrétienne à l’origine, signifie-t-elle égalité de traitement entre deux religions ? ou bien distinction des pouvoirs ?

L’adage dit que la nature a horreur du vide. Une société totalement a-religieuse, comme hors-sol, peut-elle exister ? Michel Pinton a brillamment montré qu’on ne chasse pas une religion sans la remplacer par une autre et il souligne que « nos « sans religion » adhèrent à ce qu’il faut bien appeler un article de foi. » Nous conclurons donc avec lui qu’ « on ne fait reculer l’emprise d’une religion sur les esprits qu’en leur proposant une religion plus attrayante, avec une idée de l’homme plus véridique et des principes de vie plus solides.

En France, dit-il, cette autre religion existe. Elle s’appelle l’Eglise catholique. »

 

Claire de Gatellier

Le 3 mai 2015

 



[1] Commander ce numéro au prix de 20€ sous le lien suivant. Les autres collaborateurs à ce dossier sont : Roland Hureaux, Joël-Benoit d’Onorio, Anne-Marie Le Pourhiet, Philippe Gosselin, Fr. Sébastien Perdrix et la Congrégation pour la Doctrine de la Foi.

[2] Michel Pinton a été le fondateur de l’UDF, puis député européen et maire.

[3] Cette théorie du mépris dans lequel est tenu le corps aujourd’hui semble contredite par les soins extrêmes –jusqu’à l’extravagance, parfois – dont il est l’objet : de la fortune des salons de beauté et magazines spécialisés jusqu’à la quasi-divinisation du sport, on pourrait penser que le corps est le Bien essentiel. La contradiction n’est qu’apparente. Le corps n’est exalté que tant qu’il est beau, jeune, « vendeur » et instrument des mille plaisirs. Cet engouement confirme la dissociation de la personne qui déconnecte le corps et l’esprit comme s’ils étaient étrangers l’un à l’autre.

 

Bonification de retraites liées aux enfants : un droit reconnu par le Conseil d’Etat…mais en voie d’extinction

En sa séance du 13 mars, Le Conseil d’Etat a statué qu’il n’y avait pas discrimination envers les hommes –et qu’il n’était donc pas contraire au droit européen – d’accorder des avantages de pension liés au congé de maternité. Bonification et possibilité de prendre sa retraite plus tôt.

Il justifie cela par l’objectif de « compenser les inégalités de pension » constatées entre les hommes et les femmes du fait de la maternité.

Il met en évidence le fait que (dans le cas d’espèce pour les fonctionnaires, mais le raisonnement est valable pour tous) « les femmes avec enfants perçoivent en moyenne des pensions inférieures à celles des hommes ayant le même nombre d’enfants ». De 9,8% de moins pour un enfant à 23% pour 4 enfants.

La reconnaissance par le conseil d’état de ces inégalités, et de la légitimité de les compenser, est un fait très positif.

Ce qui l’est beaucoup moins, c’est que cette décision va devenir sans objet : une loi de 2010 a supprimé cet avantage pour tous les enfants nés à partir de 2004. Ce qui semblait une inégalité de pension à compenser devient un fait normal. Alors même que le Conseil d’Etat mentionne que la pension de la femme, sans cet avantage, serait alors non plus de 9,8% inférieure à celle de l’homme (pour un enfant) mais de 12,7%, et passerait, avec quatre enfants, de 23% à 30%.

Mais pour le Conseil d’Etat, comme pour le législateur de 2010, « ces inégalités sont normalement appelées à disparaître ». Cela veut-il dire que les femmes n’auront plus d’enfant ? Ou bien que les hommes interrompront leur carrière pour leurs enfants  autant que les femmes?                                  Ce n’est pas précisé dans l’arrêt.

Claire de Gatellier