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Anciens Administrateurs

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Antoine Larbanet 1921 - 2011

Cofondateur de Famille et Liberté avec le recteur Magnin, Antoine Larbanet a, quitté notre vie terrestre dans sa quatre-vingt-dixième année, pour, selon les termes du faire-part annonçant son décès, qui expriment la Foi qui fut la sienne et qui est celle de son épouse « entrer dans la vraie vie promise par le Seigneur au jour de son baptême ».

 

Antoine Larbanet fut aussi sur cette terre un homme de conviction. N’ayant pu faire Saint-Cyr à cause de la guerre, il devint, après HEC, expert-comptable, dans l’entreprise créée par son père, puis en profession libérale.

 

Trésorier de Famille et Liberté jusqu’à ce que son état de santé le contraigne à renoncer, il y a deux ans, il en a tenu bénévolement la comptabilité pendant de nombreuses années. Il a été pour notre association, un conseiller précieux qui savait faire judicieusement la part de la sagesse et celle de l’audace quand il s’agissait de la défense de la famille.

Lettre N° 67 - Décembre 2011

 

Éloge de M. Lestradet
par M. Arthuis

Bulletin Académie Nationale de Médecine.,

1998,182, n° 6, 1111-1117, séance du 23 juin 1998

 

Connaissant Henri Lestradet depuis plus de 45 années et l'ayant vu pour la dernière fois le Ier Juillet 1997 au pied de cette Tribune, après la séance, discutant avec quelques amis et sa fougue habituelle de ce qu'il faudrait faire à la rentrée, nous ne pouvions imaginer, ce jour-là, qu'avec un tel entrain et un tel enthousiasme, il ne reviendrait plus jamais parmi nous.

 

Henri Lestradet est né le 17 février 1921 à Esternay, village de la Marne, situé près de Cézanne. Son père y était vétérinaire et son grand-père boulanger. Enfant unique, il fut élevé par des parents travailleurs et généreux, qui l'ont forgé à leur image. A l'Institution Saint Étienne à Châlons-en-Champagne il a acquis une solide base humaniste classique et scientifique lui permettant de réciter La Légende des Siècles, de lire le latin et le grec, et d'avoir un excellent niveau en mathématiques. D'après les souvenirs de ses amis d'alors, il semble que déjà il était doué pour l'enseignement, Le scoutisme a beaucoup influencé sa ligne de vie, ayant gardé le sens des choses simples et la notion de service des autres. Ses actes ont toujours eu pour but l'amélioration et le bien-être de son prochain, comme nous l'a écrit son fils François. Parvenu à la fin de ses études il choisit de faire sa médecine. Il vient à Paris et vivra Place du Tertre avec sa famille. D'un côté son jardin avec une vue sur tout Paris, de l'autre la célèbre Place connue du monde entier.

 

Sa carrière hospitalo-universitaire est facile : médecin des Hôpitaux en 1960, Chef de Service en 1968 à Trousseau puis à Hérold en 1971, il devient agrégé en 1962, Professeur de Pédiatrie en 1970. Membre de nombreuses sociétés savantes, auteur de 17 livres de diabétologie et de nutrition, il était titulaire de récompenses et de distinctions honorifiques. Il était Officier de la Légion d'Honneur.

C'est au cours de son internat que tout va se décider. Nommé en 1946, après avoir acquis une bonne formation en biochimie par l'intermédiaire d'une Licence en Sciences en 1942, il s'intéresse dès cette époque aux maladies métaboliques de l'enfant. C'est au point qu'il va interrompre son internat en médecine pour partir aux États-Unis en 1949 au Laboratoire de Recherches du Children's Hospital de Cincinnati dirigé par le Professeur George Guest, qui restera pour lui un ami de toujours. Ce séjour va décider de toutes ses orientations cliniques et de recherches. À son retour des États- Unis, en 1950, il termine son internat et comme il avait constaté qu'à Cincinnati les enfants ne mouraient plus de déshydratation et surtout qu'il avait compris l'importance des connaissances de la physiologie et des mesures biologiques, il rejette les attitudes traditionnelles. Il mesure les électrolytes plasmatiques avec des microméthodes alors qu'il fallait à l'époque deux à cinq jours pour obtenir un dosage de sodium ou de potassium au prix d'un prélèvement de 10 ml. Sa proposition d'utiliser le potassium dans les perfusions intraveineuses est mal reçue. À cette époque, il avait coutume de dire avec humour: « le potassium tue les chiens. Et pourtant la veille de Noël 1950, alors qu'il était de garde, il obtient de son patron Marcel Lelong l'autorisation de l'utiliser dans les solutions de perfusion. Les résultats pour ces enfants ont été si spectaculaires sur la réduction de la mortalité passant de 20% à 0,3 %, que l'usage du potassium s'est répandu rapidement dans les solutions dites « solutions-Lestradet ». Participaient à ces travaux son ami Claude de Ménibus et notre collègue Pierre Mozziconacci. Le traitement de l'acidocétose diabétique, qu'il a codifié par la suite, s'inspirait déjà de ces notions de réhydratation.

Devenu Chef de Clinique à la Chaire de Clinique des maladies infantiles dirigée par Robert Debré, puis Chef de Laboratoire dans ce service entre 1951 et 1955, il consacre l'essentiel de son activité à la recherche médicale, étudiant simultanément plusieurs problèmes ayant trait aux maladies métaboliques de l'enfant.

La pathologie rénale fait alors l'objet d'un nombre important d'études et de communications. Il s'agissait de la mise au point des chromatographies, des épreuves d'acidification, de l'étude du métabolisme phospho-calcique et de celui des acides aminés.

Le métabolisme glucidique, sa régulation mais aussi la galactosémie, la fructosémie retiennent son attention et de nombreuses publications en sont une preuve ainsi que les questions qui agitaient alors les pédiatres, à savoir les vomissements acétonémiques.

Mais c'est le diabète de l'enfant qui retient toute son attention. Il va devenir à partir de 1950 le centre de toute sa vie et sera l’objet essentiel de ses réflexions, de ses recherches en tant qu'Attaché, Chargé, puis Maître de recherche avant de devenir Directeur du groupe INSERM U 83, Il faut se rappeler qu'à cette époque trois maladies dominaient la pédiatrie: la poliomyélite, le rhumatisme articulaire aigu et la tuberculose. Henri Lestradet affronte dès cette époque le problème du régime dans le diabète insulino-dépendant de l'enfant. À ce moment les enfants diabétiques avaient pratiquement tous des retards de croissance et ils faisaient l'objet d'hospitalisation prolongée pour des incidents d'hypoglycémie ou de cétose itérative. Ils étaient soumis à une alimentation très restrictive en glucide et de ce fait tout à fait déséquilibrée. Il remet alors en cause la conception traditionnelle du diabète, à savoir la notion de la non utilisation du glucose dans un organisme privé d'insuline. Il défend au contraire le concept d'utilisation du glucose, même en l'absence d'insuline, grâce à un phénomène compensateur que représente l'hyperglycémie. Le traitement du diabète s'en est trouvé fondamentalement transformé puisqu'il ne s'agissait plus de faire utiliser davantage de glucose à un organisme dont le métabolisme cellulaire était normal, mais à utiliser cette quantité de glucose normalement consommée, en glycémie normale. Il insista à ce moment sur le rôle du foie pratiquement oublié et qui débitait chez le sujet diabétique à jeun la même quantité de sucre que le sujet normal.

En 1955, au Congrès de Pédiatrie de Marseille qui marque une grande date pour Henri Lestradet, il exposa l'ensemble de cette question en collaboration avec Pierre Royer. Cette conception aboutissait à un remodelage total du traitement du diabète conduisant en particulier à recommander une alimentation normale. Ceci a fait scandale à l'époque et a dressé pratiquement, contre les pédiatres, la totalité des diabétologues. En effet, le traitement du diabète à partir de 1950 était le suivant pour les enfants diabétiques: prise en charge par le malade lui-même aussi parfaitement éduqué que possible, adaptation des doses d'insuline en fonction des examens d'urine pratiqués par le malade lui-même à partir d'un cahier de traitement. Il en résultait une grande autonomie et une liberté de vie jusqu'ici inconnue: c'est ce qu'on appelle actuellement l'auto-contrôle du diabète. Cette manière de traiter a instantanément fait sentir ses effets: suppression des retards de croissance, diminution drastique des hospitalisations.

Mais pour Lestradet commence une longue période d'isolement. Il n'en continue pas moins son œuvre. Rien ne pouvait l'arrêter, car il voulait faire sortir les enfants diabétiques de nos hôpitaux.

En même temps le problème du coma diabétique continuait à retenir son attention. Il a pu poursuivre ce travail non seulement chez l'enfant mais chez l'adulte dans le service du Professeur Azerad. Il amis au point une thérapeutique qui n'a subi pratiquement aucune modification. C'est à cette époque où on avait cru déceler une hyperpyruvicémie. Il a montré qu'il s'agissait d'une erreur technique et que les administrations de cocarboxylase, qui semblaient intervenir, étaient un leurre.

 

A côté de ses travaux de recherche, il met au point dans le service de Robert Debré un système de consultations pour diabétiques qui depuis 1950 ont pris une extension considérable dans de nombreux services de pédiatrie français et étrangers. C'est ainsi que partant des15 premiers malades suivis dans le service du Professeur Robert Debré, il est parvenu à en faire suivre près de 3 000. En 1963 quittant les Enfants Malades, la néphrologie prenant son indépendance sous l'impulsion de Pierre Royer, Henri Lestradet crée à Hérold un groupe autonome qui devient en 1967 l'Unité de recherche INSERM U 83 sur le diabète et la nutrition chez l'enfant, qui sera ensuite dirigée en 1983 par Jehan-François Des jeux. Grâce à Madame Deschamps et une équipe de jeunes collaborateurs, si nombreux que nous ne pouvons les citer, il montre que spontanément l'enfant diabétique bien soigné, absorbait exactement les mêmes quantités de nutriment qu'un enfant normal de même poids et de même âge. Il se produit donc chez l'enfant diabétique une adaptation parfaite des apports aux besoins. Il montre également qu'il n'y a aucune corrélation entre les quantités de glucide absorbées dans l'alimentation et les besoins insuliniques nécessaires pour traiter correctement un diabétique, notion fondamentale pour l'utilisation des pompes à insuline continues. Il s'élève contre l'épreuve d'hyperglycémie provoquée et, grâce à des travaux personnels, il s'oppose à l'époque aux campagnes de dépistage du diabète appuyé uniquement sur cette épreuve. Avec Madame Deschamps et J. Tichet, en 1965, il ajoute aux explorations en cours les premiers dosages radio-immunologiques d'insuline effectués en pédiatrie en France.

L'année suivante un article paru dans la presse médicale, qu'il considérait comme fondamental, était intitulé : « le diabète ou les diabètes sucrés ». Il précisait qu'à son avis le diabète sucré n'était pas une entité mais un syndrome. Il y avait d'un côté le diabète lié à une carence insulinique et de l'autre les hyperglycémies dans lesquelles le pancréas était intact et qui étaient liées à des récepteurs périphériques perturbés. Ceci a provoqué dans la presse diabétologique un tollé et Henri Lestradet fut victime, comme il l'écrit, d'une conjuration du silence qui frappa ses publications. Membre de la Commission VII de l'INSERM en 1967, il avait l'honneur de rédiger un rapport concernant le diabète sucré qui devait déterminer l'orientation des recherches pour les dix années à venir. 1968 balaya tout. Ce fut pour Lestradet une vraie traversée du désert. Il poursuivit cependant sa route sans faillir entre 1966 et 1978. Il précise la pluralité des diabètes. Il entreprend une étude génétique sur un millier de familles de diabétiques lui permettant de définir l'existence d'une hérédité tout à fait différente dans le diabète insulino-dépendant et les autres types de diabète non-insulino-dépendants. Avec l'équipe de Jean Dausset, il reprend tous ces problèmes de l'hérédité du diabète avec l'étude des groupes HLA. En 1973 il individualise, sous le nom de forme fruste, un diabète non insulino-dépendant de l'enfant qui fit l'objet entre son laboratoire, celui de Fajan et de Tattersal, de communications et d'échanges de documents. Mais la publication américaine de cet auteur paraît sans citer le travail de 1973 de Lestradet, ce qui ne lui a pas permis d'accéder à une publication dans « Diabètes » en 1975. C'est ainsi qu'une pub1ication princeps en anglais occulta celle de Lestradet. Malgré ces embûches il poursuit sa route par une étude épidémiologique avec Jacques Hesse, donnant la carte exacte du diabète insulinodépendant en France, par un travail avec Labran sur la biomicroscopie conjonctivale et par une étude prospective portant sur les 372 premiers diabètes infantiles traités entre 1950 et 1981 par son équipe. Il s'agit d'une première étude utilisant les statistiques actuarielles, permettant d'avoir une idée précise de l'avenir des enfants diabétiques sans omettre les complications lointaines et la fréquence de la mortalité.

Il faut attendre 1978 pour que cesse la traversée du désert de notre ami. Au Congrès de diabétologie de Vienne en 1978, Pike reprend dans une leçon magistrale la notion de la pluralité des diabètes et bien entendu toutes les conséquences qu'Henri Lestradet avait déjà développées 12 ans plus tôt. À partir de cette date, sans reconnaître formellement l'antériorité de son groupe, nos collègues français ont modifié leur attitude vis-à-vis de la pédiatrie. C'est à ce moment que Lestradet a été élu Président de la Société des diabétologues de langue française, puis Président de la Société de Nutrition et de Diététique. Il crée par ailleurs le groupe international d'études sur le diabète de l'enfant et de l'adolescent. Il devient dans le même temps expert international pour le diabète de l'Association internationale de pédiatrie et Délégué français pour le diabète infantile à la Fédération Internationale du Diabète.

Il était très reconnaissant à Madame Deschamps et aux équipes de Jean Dausset, de Ludvigson et de Jean-François Bach de lui avoir permis de compléter son étude des groupes HLA dans les familles des enfants diabétiques ainsi que chez les sujets à risques, c'est-à-dire les frères et soeurs HLA identiques.

Il s'est refusé d'utiliser la cyclosporine chez les enfants diabétiques en raison de l'éthique, qui interdit toute expérimentation en pédiatrie lorsque l'étude chez l'adulte n'est pas menée à son terme. Il me l'a dit: « il était révolté à l'idée que certains étaient parvenus avec l'aide d'un Comité d'éthique local à contourner cet interdit, mais il regrettait qu'ils aient omis de publier leur insuccès ».

Entré à l'Académie de Médecine en 1988 il y était très heureux, participant avec assiduité, compétence et vigueur aux travaux de plusieurs commissions, en particulier à ceux de la Commission IX intéressant la maternité, l'enfance et l'adolescence et à celle des prix. Il était particulièrement content d'avoir rédigé en 1996, avec le Président René Küss, un rapport sur le sida car il voulait que l'on puisse donner à notre pays, et surtout à notre jeunesse, une information scientifique exacte et non tronquée.

Tel était cet homme exceptionnel. Il fut un novateur en Santé Publique en créant les premiers camps de vacances pour jeunes diabétiques en 1953 avec son ami le Docteur Jacques Besse et l'appui de Robert Debré, Guest et Aujaleux. « Humaniser l'Hôpital - disait-il- c'est d'abord faire sortir les enfants de l'hôpital ». Chaque année, avec son épouse et ses enfants, prenant plusieurs semaines sur ses vacances, il a accompagné les jeunes diabétiques pendant plus de 10 années. En 1956 il crée une association, l'AJD ou Aide aux Jeunes Diabétiques, dont le but était non pas de regrouper des malades mais d'éduquer ces patients, leurs parents et également les médecins traitants et leurs infirmières pour faire des jeunes diabétiques des sujets autonomes. Ces camps de vacances étaient relayés par un Bulletin d’information trimestriel, qui depuis cette date est régulièrement publié et tiré à 12 000 exemplaires. Des maisons de vacances fonctionnent depuis cette date, chaque année deux mois par an en été et 8 à 15 jours pendant les vacances d'hiver, où des camps-ski ont été organisés. Ces camps de vacances, qui regroupent près de 800 enfants diabétiques par an, nécessitent un encadrement considérable de médecins et d'infirmières. Plus de I 000 médecins français et étrangers ont participé à ces camps et ont appris à soigner correctement le diabète. La mise en place en France de cette organisation pour les jeunes diabétiques a fait école puisque la Belgique, la Suisse, l'Italie, la Tunisie, l'Algérie et la Pologne ont pris modèle sur l' AJD pour créer avec son aide, dans leur pays, des associations comparables. Nous ne pouvons citer tous les noms de ses élèves et de ses amis. Disons que Claude de Ménibus, Charles Jezequel, Jean-Jacques Robert, Michel Cahané et Jehan-François Desjeux lui ont rendu ailleurs un vibrant éloge. Les 500 nouveaux diabétiques, qui apparaissent en France chaque année avant l'âge de 15 ans, sont ainsi éduqués depuis 1953 de façon efficace.

Il était un enseignant passionné remarquable, aimé de la jeunesse. Il était servi par une mémoire prodigieuse. Comme l’écrit son fils François, il avait une capacité d'isolement parcourant un nombre impressionnant de revues en toutes langues, prenant sur des cahiers des notes qui lui permettaient ensuite d'en faire une synthèse très documentée. Ses enfants en ont bénéficié le soir après le dîner, la table débarrassée ; il disséquait pour eux la physiologie et la pathologie cellulaire sur des enveloppes ouvertes et retournées en guise de feuilles de brouillon, recouvertes de son écriture illisible. En effet l'enseignement était sa passion. Tous les pédiatres ont connu l'ardeur qu'il mettait à faire passer ses messages. Il avait deux grandes idées directrices: une croyance profonde que la physiologie était la base de la médecine et que la connaissance de la physiologie et de la physiopathologie devait permettre aux médecins en toute circonstance et au malade qui connaît sa maladie de se prendre en charge personnellement. Il reconnaissait l'influence de Claude Bernard sur sa manière de penser mais il voulait en plus partager ses connaissances avec le patient. C'est ce qu'il fit pour le diabète et le Bulletin de l'AJD est rempli de ses textes destinés aux enfants, à leurs parents, à leurs médecins, le tout illustré par des schémas mis au point par lui-même avec des expressions imagées, hautes en couleur, que nous avons tous entendues, même en salle de garde. C'était parfois des exposés épiques sur l'origine cellulaire de l'énergie, sur la mitochondrie, J'éclatement des lysosomes, l'inondation du foie par les acides gras et les corps cétoniques, se terminant par un nuage de craies de multiples couleurs.

Il était courageux. Il affronta avec dignité les indifférences de ses collègues diabétologues. Il souffrait d'être incompris et ses amis intimes le savaient bien. Il se moqua bien des sarcasmes injustes qui lui furent adressés quand il prenait parti contre les messages officiels de la lutte contre le sida. Il avait trop le souci d'un langage de vérité vis-à-vis de la jeunesse pour ne pas s'arrêter à d'injustes insultes. Scrupuleux et anxieux, il demandait conseil en écrivant aux autorités non médicales les plus élevées. Car cet homme était droit, consciencieux et loyal. C’était un homme juste.

 

Il était gai, il aimait chanter. Nous avons appris par ses enfants qu'il existe un registre de chansons composées au sein de l'AJD dans le cadre des colonies de vacances. Tous nous avons entendu, sur l'air de Bambino : «  les yeux battus, la mine triste, les joues blêmes, tu ne manges plus, tu n'es que l'ombre de toi-même... mais des médecins revenus des Amériques... Bonbons, caramels, esquimaux, chocolat, c'était défendu, maintenant ça ne l'est plus... »

Il était patriote. Médecin-lieutenant FFI en 1944, il s'est engagé à la première armée française.

Il fut courageux jusqu'au terme de sa vie. Il se savait atteint dans son cœur mais il ne voulut pas que ça se sache. Il s'est éteint brusquement le 14 juillet 1997 dans sa maison de campagne, à Nesle-la-Reposte, dans la Marne, après une fête de famille tandis qu'il s'était endormi pour faire une sieste. Chrétien il fut toute sa vie. Le jour de la cérémonie à St Pierre de Montmartre le

18 octobre 1997 on chanta la prière scoute, où il est dit: « être généreux...servir...se donner sans compter... combattre sans souci des blessures travailler sans chercher le repos ». Tel fut Henri Lestradet. L'Officiant, un de ses amis, avait choisi le chapitre XXV de Saint Matthieu et commenté les versets 45-46. Nous pensons que Celui auquel croyait Henri a dû lui dire: Viens, tu as tant fait pour les enfants diabétiques et leurs familles.

Madame et chère amie je vous adresse ainsi qu'à vos enfants François, chirurgien-orthopédiste, Anne, Directrice d'une PMI, Luc, jardinier au Muséum, Marie-Odile, pédiatre, Claire, infirmière et Marie, Professeur de musique, mes très affectueuses et amicales pensées sans oublier ses petits-enfants, qu'il aimait guider comme il l'avait fait pour vous. Je vous assure que votre époux, votre père, restera pour tous nos confrères un grand pédiatre qui a marqué son temps. Il fut un novateur et un créateur aimé de tous ses élèves et de tous les enfants diabétiques, qui doivent tant à l'AJD.

 

Nous ne l'oublierons pas.

Hommage à Colette Boxer

 

Colette Boxer qui était administratrice de Famille et Liberté depuis de nombreuses années, nous a quittés en avril 2008. Elle était la fondatrice de la Fédération Internationale des Valeurs Humaines Fondamentales FIVA, association qui a publié une série de livres d’éducation civique et d’éducation pour les plus jeunes, Les parents de Julie et la série des Citoyens en herbe.

Le Général Delaunay, président de France Valeurs et vice président de la FIVA, lui a rendu un hommage dans les termes suivants :

Arrivant d’horizons différents mais partant des mêmes constatations, elle fondait la FIVA en 1984 alors que je créais France-Valeurs. Nous avons vite senti que nous poursuivions le même but et nous avons uni nos efforts pour identifier et promouvoir ce que nous appelions les Valeurs humaines fondamentales, ces piliers qui permettent aux hommes et aux sociétés de tenir debout.

A travers son élégance, sa distinction, la gentillesse de son accueil j’ai reconnu immédiatement en elle une grande dame. J’ai apprécié d’emblée son dynamisme communicatif, son esprit brillant, la hauteur de ses sentiments et son opiniâtreté pour faire aboutir ses projets. J’ai trouvé en elle une chrétienne convaincue et une vraie amie.

Pendant plus de 20 ans, j’ai travaillé, avec joie, au sein de l’équipe qu’elle avait rassemblée pour rédiger ses livres d’éducation civique, puis d’éducation tout court, pour monter des colloques, notamment sur la violence à l’école, pour organiser le prix FIVA destiné à récompenser d’heureuses initiatives éducatives.
J’ai constaté qu’elle avait beaucoup d’entregent, qu’elle savait animer une réunion, respectant les participants et les ramenant à l’essentiel.
J’ai partagé son souci de réagir publiquement dans le domaine des idées chaque fois que la dignité humaine était menacée, notamment dans les médias.

J’admirais à la fois son énergie vitale, son imagination pour concevoir des projets et sa volonté pour les faire aboutir. En la voyant parler aux autres et agir pour eux, j’ai mesuré la femme de cœur qu’elle était.
Je la voyais en même temps soutenir à bout de bras son mari gravement atteint. Elle a été pour beaucoup dans son étonnante guérison et nous nous sommes réjouis de les voir reprendre, pour un temps, une vie normale après des mois de cauchemar.

Malheureusement, elle a tellement donné d’elle-même, à cette époque, tout en cherchant à garder pour elle ses soucis, qu’elle a fourni un terrain propice à sa propre maladie. Cette maladie, elle l’a combattue, pendant des années, avec la même énergie qu’elle déployait ailleurs.

La mort de son époux a contribué à accélérer le processus mais, là encore, touchée en ce qu’elle avait de plus cher, elle a fait face avec une étonnante dignité.

Ancien chef militaire, je crois savoir reconnaître chez un être les vertus qui distinguent les personnes qui font du bien au monde… et les autres.

Colette était du 1° type. Avec discrétion, elle a fait partie des Françaises qui font grand honneur à notre pays. Elle l’a bien servi. C’est un honneur pour moi d’avoir travaillé avec cette grande dame dont la mort m’attriste beaucoup.

Femme de caractère, femme de cœur, femme de foi, elle est de ceux, très rares, qui, au moment où ils quittent le monde, font penser à la parole de Saint Paul :
« Je me suis bien battu. Je suis allé jusqu’au bout de ma course. J’ai été fidèle. »

Nous garderons sa mémoire et son exemple.