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Lettre de Michel PINTON

LETTRE OUVERTE AU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE.

 

Monsieur le Président,

Un vif débat nous a opposés il y a quinze ans. Le gouvernement Jospin s’apprêtait à légaliser les unions homosexuelles. Son projet -le PACS- me paraissait entrouvrir la porte au mariage civil entre personnes du même sexe. J’avais pris la tête d’un « collectif des maires de France » décidés à barrer la voie à une violation du principe fondateur de la République : l’égalité de tous les citoyens dans l’exercice des droits naturels reconnus par la raison. Votre fonction de premier secrétaire du parti socialiste vous a incité à voler au secours du Premier Ministre. Les vingt mille signataires de la pétition des maires, avez-vous proclamé, égaraient l’opinion publique : le PACS visait seulement à combler une lacune de la loi. Il satisfaisait si bien les attentes des groupes de pression homosexuels qu’il allait mettre un terme à leurs demandes d’un « droit au mariage ».

Vous êtes aujourd’hui Président de la République. Votre Premier Ministre vient d’annoncer, en invoquant les réclamations des mêmes groupes de pression, que les homosexuels acquerront dès l’an prochain, le droit de se marier civilement et par conséquent d’adopter des enfants.

Je reconnais volontiers que les données pratiques du problème ont changé. A l’époque du PACS, la légalisation des unions homosexuelles était vaguement expliquée par l’évolution des modes de vie et des mentalités dans notre société. Lionel Jospin n’allait pas plus loin pour se justifier de céder au courant. « Il faut bien que la loi suive les mœurs » disait-il. Il semblait ignorer que, depuis toujours, la dignité de notre Etat a tenu au principe contraire : nos lois civiles ont eu pour but de purifier les mœurs en les guidant vers les impératifs de la raison universelle.

Les arguments de fait en faveur du mariage homosexuel se sont beaucoup enrichis depuis quinze ans. La multiplication, facilitée par la loi, de ménages formés de deux hommes ou de deux femmes a éveillé la curiosité des sociologues et des psychologues. Ils ont déduit de leurs observations des précisions nouvelles. La percée la plus spectaculaire touche le sort d’enfants élevés par des parents « gays » ou lesbiennes. On craignait qu’ils ne fussent différents des autres sans que l’on sût exactement en quoi cette différence consisterait. Le souci légitime de leur protection expliquait les réticences des pouvoirs publics. Mais une succession d’études scientifiques, menées pour la plupart aux Etats-Unis, a paru prouver qu’il n’y avait aucune différence de comportement, de sociabilité ou de réussite scolaire entre enfants biologiques d’un couple traditionnel et garçons ou filles élevés par des paires homosexuelles. Les spécialistes ont seulement constaté, dans la seconde catégorie, une proportion élevée de jeunes qui s’orientaient, comme leurs parents adoptifs, vers des relations homosexuelles. Mais notre époque qui proclame que toutes les orientations sont également légitimes, n’y voit aucun problème. Il suffira de pourchasser « l’homophobie » et tout ira bien.

Cette conclusion rassurante a poussé les partisans du mariage homosexuel à élargir la brèche. Il est meilleur, nous disent-ils, de confier un enfant à un duo d’hommes vivant ensemble dans une bonne entente que de l’abandonner à la misère des familles monoparentales ou aux déchirements des couples divorcés. Il est absurde, ajoutent-ils, de rejeter le « désir d’enfant » des lesbiennes, dont les foyers sont indemnes de tout abus sexuel, alors que tant de garçons et de filles sont soumis, dans leurs familles biologiques, aux outrages de l’inceste et de la pédophilie. Les supporters les plus exaltés du « mariage gay » n’hésitent plus à vanter la supériorité objective des familles « homoparentales ». Une avocate française de la cause « homo » résume ainsi leurs arguments: « Les pays qui ont ouvert le mariage civil à tous les couples non seulement ne sont pas tombés dans le chaos annoncé mais ils ont au contraire redynamisé le mariage. Ils lui ont donné une nouvelle richesse».

Tels sont, j’imagine, les motifs de votre conversion. Vous n’êtes pas le seul. Beaucoup de nos hommes politiques, ayant renoncé à éclairer la marche de l’Etat avec la lumière trop vive de la raison, en sont réduits à le guider à la lueur vacillante d’expériences nées du hasard.

Mais qu’elle est très incertaine, la clarté que diffusent les expériences de foyers homosexuels ! Dès qu’on se donne la peine de vérifier les études publiées, on ressent un sentiment de malaise. Les hypothèses sur lesquelles elles reposent sont fragiles, leurs méthodes douteuses et leurs conclusions hâtives. Leurs résultats s’accordent mal avec des constatations élémentaires. Si, par exemple, l’adoption par un duo d’hommes réussit parfaitement à l’enfant, pourquoi conduit-elle à des difficultés presque inévitables quand elle est pratiquée par un couple marié ? Il a fallu beaucoup de myopie à Roselyne Bachelot, ministre de la famille dans le gouvernement précédent, pour proclamer que la leçon de ces expériences était lumineuse.

Une nouvelle étude, elle aussi exécutée aux Etats-Unis, essaie d’apporter plus de clarté. Elle s’est donné un but simple : savoir si de jeunes adultes (âgés de 18 à 39 ans) dont la mère a eu, pendant leurs enfances, une relation homosexuelle, même passagère, diffèrent, dans leurs vies de personnes majeures, de ceux qui ont été élevés, de façon stable, par leurs parents biologiques. Le mérite éminent de cette étude est de s’être pliée à des critères scientifiques beaucoup plus exigeants que les précédentes, notamment par le nombre d’individus interrogés.

Ses résultats renversent ceux qu’on affirmait acquis. Il apparaît que l’homosexualité maternelle, loin d’être un avantage ou même un facteur neutre pour mener ces jeunes à leur plein épanouissement, les tire au contraire vers le sort défavorisé de ceux qui sont issus de familles monoparentales : ils gardent un moins bon souvenir de leur enfance et ont quitté plus tôt leur foyer ; ils ont une tendance plus forte à la dépression ; ils sont plus portés à se droguer ; leurs relations sexuelles sont plus marquées par l’insécurité et l’instabilité ; ils sont plus nombreux à se déclarer chômeurs… On est loin de la « nouvelle richesse » que le mariage homosexuel promet d’apporter à la société.

Puisque le fondement expérimental de la promesse faite par votre Premier Ministre est ébranlé, votre devoir de Chef de l’Etat est de repousser une décision aussi lourde de conséquences hasardeuses jusqu’à ce que la science lève ses incertitudes. Le principe de précaution est inscrit dans notre Constitution. On l’invoque pour interdire l’utilisation de graines potagères dont l’innocuité n’est pas rigoureusement prouvée. Vous ne refuserez pas d’en étendre le bénéfice à nos enfants.

Je devine les pressions qui vont s’exercer sur vous pour vous inciter à faire quand même voter immédiatement cette loi. Mesurez les risques qu’on vous ferait prendre. Vous seriez poussé à rien de moins que renoncer publiquement à l’engagement le plus solennel de votre campagne et à l’ambition principale de votre quinquennat : rassembler les Français dans la justice. Où trouver la justice, en effet, dans une mesure qui sacrifierait des enfants innocents à l’impatience d’une petite minorité d’adultes? Et puis diviser gravement vos concitoyens moins d’un an après votre investiture serait une étrange façon de préparer leur rassemblement. Votre crédit politique est-il si grand que vous puissiez en dilapider une partie dans cette aventure ?

Michel Pinton
Ancien secrétaire général de l’UDF.

 

Commentaire

Michel Pinton a bien voulu nous autoriser à diffuser sa

Lettre au Président de la République

sur l'instauration d'un droit au mariage entre personnes du même sexe.

 

Cette lettre met avec force en évidence que les arguments employés pour justifier la révolution anthropologique que constituerait la reconnaissance d'une filiation doublement masculine ou doublement féminine, sophismes ou études biaisées, ne résistent pas à l'examen.

 

C'est pourtant sur cette logique que repose l'argumentaire de Mme Taubira, Garde des sceaux, dans ses déclarations à

La Croix du 10 septembre : " Qui peut dire qu’un couple hétérosexuel élèvera mieux un enfant qu’un couple homosexuel, qu’il garantira mieux les conditions de son épanouissement ?"

Peu lui importe en effet la réponse à cette question, puisque se disant bien consciente "

 

de toutes les dimensions philosophiques et anthropologiques entourant le mariage.", elle estime " qu’elles ne peuvent venir percuter l’exigence d’égalité."

A-t-elle conscience quand elle ajoute

" C’est à cela, à cette exigence d’égalité, que nous satisfaisons avec ce projet de loi."

qu'elle donne d'avance raison au cardinal Barbarin qui craint que l'on donne un jour satisfaction, au nom de l'exigence d'égalité, à une demande de légalisation de l'inceste et de la polygamie ?

Si vous êtes en mesure de nous aider à diffuser la lettre de Michel Pinton, n'hésitez pas à prendre contact avec nous.

Lettre N° 70 – Septembre 2012