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LES CHAUSSES DE PICHON

 

Il est courant, en tout cas en France, de commencer un discours sur la théorie du genre par « On ne naît pas femme, on le devient ».

 

Les développements ultérieurs de ce qui est appelé à tort la Théorie du gender, et à bon droit l'Idéologie du genre, expliquent le succès de cette formule qui ne se distinguait que par sa banalité et son ambiguïté.

 

Publiée en 1949 dans Le Deuxième sexe, par Simone de Beauvoir, elle est postérieure de près de trois siècles au commentaire de Mme de Sévigné, dans une lettre à Mme de Grignan, datée du 4 juin 1676, à propos de leur petit-fils et fils, surnommé Pichon :

 

« Vous voyez comme vous avez bien fait de lui donner des chausses ; ils sont filles tant qu’ils ont une robe.»

 

A l'avantage de l'antériorité – quant au style, chacun est juge – la marquise joint celui de la clarté. Oui, chacun de nous, homme ou femme, sauf à n'être qu'un amas de cellules, devient tous les jours ce qu'il est, c'est-à-dire homme ou femme.

 

Cette spécificité que nous partageons avec l'ensemble des êtres vivants, en dehors de quelques exceptions telle celle des escargots, a ceci de particulier pour l'espèce humaine que nous en avons conscience et que ce devenir qui dépend de notre nature, dépend aussi de notre éducation et de notre volonté.

 

C'est la reconnaissance du rôle de l'éducation qu'exprime le « vous avez bien fait » de la lettre de 1676.

 

Une belle théorie

Une théorie scientifique doit répondre à plusieurs critères, comme la correspondance entre les principes théoriques et les phénomènes observés. Une théorie doit également permettre de réaliser des prédictions sur ce qui va être observé. Enfin, la théorie doit résister à l'expérience et être compatible avec les nouveaux faits qui peuvent s'ajouter au cours du temps.

La « théorie du genre » ne répond à aucun des conditions requises pour lui attribuer un caractère scientifique.

 

A l'évidence, la proposition Sévigné/Beauvoir est fausse – la première s'en amusait, la seconde en pestait sans doute. C'est exactement la proposition opposée qui est vraie : nous naissons homme ou nous naissons femme, sans que ni nous, ni nos parents n'y soient pour rien lors d'une conception naturelle[1].

Statistiquement parlant, contrairement à ce qu'affirmait Simone de Beauvoir, l'immense majorité des femmes est née femme et celle des hommes est née homme. L'explication de ce constat par un choix manichéen de la société, par l'éducation qu'elle dispense ne vaut rien parce qu'il n'explique pas pourquoi, presque partout et presque toujours, toutes les sociétés auraient fait le même choix, les rares exceptions étant généralement caractérisées par une portée limitée et une durée éphémère.

 

Quand bien même l'on voudrait mettre ces exceptions en balance avec la grande généralité des cas observés depuis que le monde est monde, l'idéologie du genre ne mériterait le nom de théorie scientifique que si ses prédictions venaient à être confirmées par l'expérience. La façon la plus normale, la plus citoyenne de tester l'hypothèse du genre est d'emprunter la voie conjuguant la recherche du bien commun et le respect du principe – constitutionnel – de précaution qui aurait due être celle tracée par le garde des Sceaux et le ministre aux droits des femmes dans la lettre en date du 8 janvier 2013 qu'elles ont adressée à la Commission Consultative Nationale des Droits de l'Homme, en lui demandant un « Avis sur l'identité de genre et sur le changement de la mention de sexe à l'état-civil ».

 

Dans l'avis qu'elle a rendu le 27 juin, la CNCDH après avoir déclaré que : « Les personnes transidentitaires sont souvent stigmatisées voire discriminées » et qu'elle est « consciente de la situation très précaire des personnes transidentitaires en France, victimes de discriminations et d’exclusion sociale » et, après avoir convenu que « la mention du sexe demeure, dans notre droit, un élément essentiel de l’identification des personnes et que l’état civil revêt une forte importance symbolique dans la tradition républicaine française », se prononce pour le principe d'introduction dans la loi du critère d'"identité de genre" ainsi que pour une démédicalisation totale et une déjudiciarisation partielle de la procédure, sans avoir rien retenu - ou rien entendu – des objections qui auraient dû être faites lors de ses « nombreuses auditions de chercheurs, de professeurs de droit, de représentants associatifs et de membres du Sénat. »

 

Non, décidément, l'idéologie du genre n'est pas une théorie scientifique !

 

 

Philippe Gorre

Délégué général de Famille et Liberté

 

http://fr.scribd.com/doc/150514758/Avis-Cncdh-Identite-de-Genre-27-Juin-2013-0

 

 

 

 

 

[1] La correspondance entre le principe théorique et les phénomènes observés est absolue quand il s'agit de sciences exactes (toutes les pommes se détachant de leur branche tombent sur le sol, conformément à la loi de la gravitation, aucune d'entre elles ne s'envolant dans les nuages.

 

Dans le domaine des sciences humaines, les lois ne sont vérifiées qu'en probabilité. Chacun étant libre de fixer la probabilité nécessaire et suffisante pour déclarer une théorie vérifiée, le débat sur leur vérification est assuré de durer jusqu'à la fin des temps, contrairement à celui de la gravitation, dont on peut penser raisonnablement qu'il a été tranché par Newton.