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Un homo parle des homos

 

A propos du livre de Philippe Arino, « L’homosexualité en vérité », 95p. Frédéric Aimard éditeur, Salvator Diffusion, 10,53€  Amazon : L’homosexualité en vérité 

 

 

Qui oserait aujourd’hui consacrer un livre à l’homosexualité  si ce n’est un homosexuel, un homosexuel assumé, connu dans le milieu homosexuel et comme tel peu suspect d’homophobie ?

Le titre  « L’homosexualité en vérité » semble un peu provocateur. Pourquoi « en vérité » ? L’homosexualité n’est plus un tabou et l’on peut maintenant tout dire, tout dire et tout faire. C’est un sujet désormais banal et il en est souvent question, depuis l’école jusque dans les publicités de supermarché. Les « coming out » sont de bon ton et les lois se succèdent à ce sujet. Pourquoi donc «en vérité» ?

 

C’est alors qu’il apparaît que si la chose est devenue banale et courante (c’est en tous cas ce qu’il faut croire), il faut l’admettre sans se poser de question, sans réfléchir et surtout sans la connaître. Se déclarer «gay-friendly » et s’afficher dans les bars gays suffit à se donner une conscience voire même une auréole.

 

De peur de paraître homophobe, on s’affiche homophile comme si l’un était à l’opposé de l’autre. On arrive même au tour de force qui consiste à s’opposer à une loi ouvrant le mariage aux homosexuels en bâtissant des argumentaires en tous points remarquables mais où l’on ne dit pas un mot de l’homosexualité qui est pourtant à la base de cette loi.

 

Dans n’importe quelle dissertation de quelque niveau que ce soit ou dans n’importe quel rapport professionnel, on vous impose de commencer par définir les différents termes des données du problème. Sous peine d’être peu audible et d’être à côté du sujet. Or, nous avons beaucoup entendu parler du mariage mais pas du tout des homosexuels, sauf pour dire qu’ils avaient des droits.

 

Sans doute est-ce la loi Nouchet qui fait que chacun retient son souffle et sa plume… Mais s’intéresser à un phénomène de société et à toute la catégorie de gens concernés n’est pas en soi de l’homophobie. Chercher à comprendre « l’autre », le « différent » ne relève pourtant pas de la discrimination.

 

« La souffrance interdite »

 

Le livre de Philippe Arino est donc particulièrement le bienvenu car lui au moins est au-dessus de tout soupçon. S’il donne aux homosexuels tourmentés des pistes concrètes pour guider leur vie, il permet aussi à ceux qui ne sont pas homosexuels de rejoindre les premiers dans leur souffrance par une meilleure connaissance de ce qu’ils vivent.

 

Ben sûr on rétorquera que les personnes homosexuelles ne sont pas tourmentées du tout, ou que si elles le sont, c’est uniquement du fait de la discrimination dont elles sont l’objet. C’est probablement le cas pour certains car il ne faut jamais généraliser.

 

Cependant Arino, à travers son blog et son parcours, reçoit des centaines de confidences de personnes homosexuelles et son livre est le fruit d’une expérience probablement plus élaborée que celle des milieux mondains gay-friendly dont il déplore le faux-semblant comme système-D. On le sent tout préoccupé du mal-être de tous ses amis et un peu amer au sujet de « la foule qui les applaudit (mais qui) ne les aime pas, parce qu’en réalité, elle ne les connaît pas et ferme les yeux sur leur souffrance ». (p36)

 

C’est ainsi que pour Arino, l’homophobie se situe chez ceux qui font semblant de penser que le désir homosexuel est un désir banal et satisfaisant pour la personne et qui laisse donc cette dernière à sa solitude. (p44) Il renvoie à l’expression du Dr. Vincent Rouyer, « La souffrance interdite », obligation d’avoir l’air heureux ou alors, attribuer la souffrance à une cause externe : la société homophobe.

 

Chercher la vérité plus que la sincérité

 

Tout est à lire dans ce petit livre (95 pages). Si vous voulez savoir, par exemple, que dire si l’un de vos enfants vous annonce un jour qu’il est homosexuel ! Dans ce cas, Arino soutient que « vous avez le droit de pleurer » et d’ « être gêné ». « Sur la durée, une personne homosexuelle finit toujours par réaliser qu’elle a été mieux accueillie par un proche qui a reçu la nouvelle de l’existence de son homosexualité sans effusion de joie, avec la gravité qu’elle méritait, que par un ami à l’enthousiasme juvénile très appris et peu soutenant . »

 

 

Arino récuse l’insouciance de façade qui n’est qu’incompréhension et parle d’une « blessure », d’un « inachèvement », résultat d’un « effondrement identitaire pendant l’enfance ». Pour lui, le désir homosexuel « est plus sincère que vrai par ce qu’il a fui le réel. »

 

Ne pas se contenter de la « sincérité », sentiment subjectif, limité à la surface du ressenti et à l’instant ; mais vivre en « vérité », démarche qui va chercher à comprendre en allant au fond des choses et s’inscrit dans le temps - que se passe-t-il ? où cela me mène-t-il ?

 

Le Réel, ce sont les 4 différences fondamentales qui structurent la vie humaine et la société : la différence des sexes, la différence des générations, la différence des espaces, et il ajoute « la différence entre les créatures et le Créateur ». Pour les non-croyants, on peut dire que c’est l’acceptation d’un  pré-donné, d’une « nature » que nous avons reçue en naissant et qui échappe à notre volonté. Que nous pouvons nous efforcer d’atténuer ou de contrarier par la culture mais qui aura le dernier mot si nous essayons de la nier.

 

Si l’on s’affranchit du Réel, « par peur de nos limites, de notre finitude, … », nous ne sommes plus incarnés, « nous nous éloignons de l’Amour concret, des personnes proches, des situations humaines concrètes ». Et plus loin encore : « Comme il n’est pas basé sur le réel, l’amour homosexuel a une forme d’impossibilité. Il est objectivement peu comblant, limité, voué à une insatisfaction généralisée. Le reconnaître libérerait bien des personnes homosexuelles qui s’épuisent à courir toute leur vie après une chimère amoureuse qu’on leur présente comme la panacée ».

 

Attention aux jeunes

 

Arino s’inquiète de la conjugaison du fait que beaucoup de ses « amis homosexuels » « prennent un malin plaisir à détourner ceux qu’ils appellent « hétéros », en soutenant que c’est un jeu d’enfant d’homosexualiser n’importe qui », avec le fait de la société permissive qui « encourage beaucoup d’adolescents à goûter à l’homosexualité comme à une mode ».

 

Pour lui, « dans 80% des cas le désir homosexuel est juste une réminiscence d’une bisexualité adolescente, temporaire, universelle. » Tandis que « le passage à l’acte homosexuel, s’il se répète parce qu’on le banalise, a des conséquences sur le long terme qui peuvent être irréversibles. Au départ on le fait juste pour essayer puis on devient accroc et on finit par s’enchaîner dans un rôle qui n’est pas vraiment nous-mêmes. .. La mémoire des corps est puissante et laisse des cicatrices. » (p 44)

 

Egalité et justice

 

Ce n’est pas parce qu’une chose est possible qu’elle nous est profitable ! Arino nous met en garde contre  une société qui « déforme certaines réalités humaines à travers des lois sociales universelles inutiles, inadaptées et non conformes au réel » et qui « s’apprête à accueillir les yeux fermés des formes inédites de névrose et de violence. »

 

« L’égalité des droits n’est pas l’égalité des identités. Il y a de bonnes inégalités qui s’appellent en fait « différences » et qui nous permettent justement la relation, le mélange, la connaissance, la culture, etc.) tout comme il peut exister aussi des égalités très injustes (qui s’appellent) uniformité, conformisme, non reconnaissance de la diversité des personnes, des identités, des besoins, des situations. »

 

Que faire, alors ?

 

Cultiver l’amitié. « L’amitié est le seul rempart contre l’homophobie » dit Arino. Mais notre société hyper-sexualisée et ultra-érotisée ne laisse plus de place à l’amitié pure et désintéressée.

 

Opération vérité : que l’on soit homosexuel (supposé ou réel) ou non, ne pas se réfugier dans l’illusion ou dans la banalisation.

 

Prendre de la distance : Arino suggère un temps de pause,  « de « no flirt » qu’on s’impose librement pour se retrouver soi et faire le tri dans ses désirs intérieurs. »

Enfin, dans le dernier chapitre, Philippe Arino donne SA recette à lui : sa foi catholique qu’il a tue dans toutes les pages précédentes. En quelques phrases magnifiques, il montre comment « il existe un Amour autrement que par le couple homosexuel, voire même autrement que par le couple … pour débloquer bien des vies obstruées par l’ignorance et la peur.

 

Il montre qu’après avoir tant aimé sa vie  homosexuelle, il ne s’est trouvé véritablement comblé que dans la continence ; et en offrant cette continence à un Amour plus grand. Il prend soin de préciser que s’il a choisi ce chemin, « ce n’est pas par défaut » mais c’est parce que pour la première fois, ce chemin le comble complètement.

 

Claire de Gatellier