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Les enfants du divorce … le sujet n’est plus tabou !

Il y a encore vingt ou trente ans, parler des
conséquences du divorce sur les enfants aurait
eu l’air de remettre en cause le divorce, acquis
social intouchable, et de culpabiliser les parents…
Mais aujourd’hui, avec la multiplication
et la banalisation des divorces, nous avons un
retour d’expérience qui rend au contraire difficile
de ne pas en parler.


Et pourtant…quel sujet délicat et douloureux !
Nous savions bien, en organisant un colloque sur
ce thème, que le divorce étant presque toujours
un traumatisme, une blessure qui frappe tant de
gens dans leur histoire la plus intime, il est très
difficile d’en parler sans risquer de blesser. Nous
avons essayé de comprendre ce que
vivent les enfants sans pour autant
nous autoriser à porter quelque jugement
que ce soit. Mais nous ne
pouvions davantage esquiver la
douloureuse question de ce qui est
toujours, quoi qu’on fasse, un drame
pour les enfants.
A vrai dire, la littérature grecque
nous l’enseignait déjà, comme l’a
montré Roberto Lopez. Que ce soit
Euripide décrivant le sort peu enviable
des enfants de Médée tués par elle pour
échapper à une vie misérable après que leur
père Jason l’ait abandonnée ou que ce soit Homère
racontant la guerre de Troie provoquée
par le divorce de Ménélas et d’Hélène.
Ce colloque a été riche de témoignages et de
réflexions en profondeur que nous sommes
heureux de mettre à votre disposition en publiant
l’ensemble des brillantes communications
de spécialistes Ainsi que la quasi-intégralité des débats avec l’assistance. Nous vous donnons ci-dessous
un résumé de l’ensemble mais ne saurions trop
vous recommander de lire et faire lire le document
intégral. (Bon de commande en cliquant sur l'image ci-contre)

Trois raisons d’en parler


• Un éminent fils de divorcés, le cardinal Schöenborn,
évoquant d’expérience la souffrance des
enfants du divorce s’exclamait il y a quelques
mois : « Y a-t-il un lobby en faveur des enfants
de divorcés ? Où entend-on la voix de l’opinion
publique dire : « Les premières victimes sont les
enfants » ? Ils ont un papa et une maman et puis
soudain un « oncle », une « tante », l’amie de
papa, le copain de maman ».
• Un grand journal titrait au printemps : « Bientôt
la fracture sociale passera, non plus par le
chômage, mais par les structures familiales ». La
famille, sanctuaire plus ou moins paisible
et chaleureux a laissé la place
à « les » familles, aux compositions
instables et précaires où l’on compte
maintenant le plus grand taux de
pauvreté.
• Les professionnels de l’enfance
s’inquiètent de se voir confier un
nombre croissant d’enfants de plus
en plus abîmés, malheureusement
bien souvent victimes de leur propre
famille. Le coût annuel, pour la société,
de la prise en charge de ces enfants est très
élevé sans même que l’on soit assuré de les tirer
d’affaire.


Si l’amour peut prendre fin, alorspeut-être que papa et maman ne m’aimeront plus !


Comme l’a souligné Jérôme Brunet dans sa
conférence – mais les autres l’ont dit aussi – « il
ne s’agit pas de dire que toutes les situations de
divorce provoquent des conséquences graves
pour les enfants, et inversement de prétendre
que lorsqu’il n’y a pas de divorce tous les enfants
se portent bien »

Néanmoins, en règle générale, un enfant a besoin de deux parents pour se construire, et il se construit dans la durée. Se construire, c’est d’abord découvrir qui il est et pour cela d’où il vient. « On ne naît pas de n’importe quoi, on ne naît pas de n’importe où, on naît dans une succession de générations » dit Jérôme Brunet. « Je suis fils de… et de … ». « Je suis fils de … et de … mais je suis moi ». La réponse à « Qui suis-je ? » est un éveil progressif : « je cherche à quoi je ressemble et de quoi je suis différent ». C’est la construction de l’identité sexuée. Elle permet à l’enfant de découvrir qui sont les autres et de se positionner par rapport à eux. Jérôme Brunet précise que « l’enfant se construit par mimétisme et imprégnation et que c’est donc au sein de la famille, parce qu’elle procure à l’enfant la stabilité dans la durée, que l’enfant peut croître dans les meilleures conditions. »
Il cite le principe de la pyramide de Maslow qui hiérarchise les besoins de la personne en commençant par les plus élémentaires, manger boire et dormir (besoins physiologiques), puis le besoin de sécurité (physique et psychique) pour aller ensuite vers les besoins d’appartenance, d’estime de soi et enfin, d’accomplissement de soi. Selon le principe de la pyramide, on ne peut pas atteindre le stade supérieur tant que le degré inférieur n’est pas garanti : on ne peut pas se sentir en sécurité si l’on a faim. De même, sans la sécurité psychique procurée par une famille unie, le besoin d’appartenance, et ensuite d’estime de soi, ne peut être satisfait.
L’enfant dont les parents ont divorcé est frappé dans son besoin de sécurité affective : « Papa et maman qui s’aimaient – puisque je suis là – ne s’aiment plus. Donc l’amour peut prendre fin. Donc peut-être que l’amour dont ils m’aiment aujourd’hui peut prendre fin demain… ».


Imaginez…que vous avez cinq parents


C’est le témoignage poignant qu’a apporté l’Américaine Jennifer Johnson lors de ce colloque : « Imaginez que vous avez cinq parents. Imaginez-vous allant et venant régulièrement entre tous ces domiciles, n’ayant jamais un endroit que vous puissiez appeler « chez moi » et cela pendant toutes ces années où vous étiez le plus vulnérable et fragile. Imaginez les Noël coupés en deux, les autres vacances, les anniversaires que vous avez passés l’un avec un parent, l’autre avec un autre, sans jamais passer une seule fois des vacances ou un anniversaire avec vos deux parents.
Imaginez que chacun de vos parents ignore complètement cette autre moitié de vous, cette autre moitié de votre famille, comme si elle n’existait même pas. Pendant ce temps-là, imaginez chaque parent dépensant son énergie pour sa nouvelle famille et créant un foyer uni pour ses nouveaux enfants. Ces expériences vous donnent définitivement l’impression d’être en quelque sorte mis de côté, quelque chose comme ne faisant plus partie de leur vie. Vous vivez comme cela quotidiennement pendant plus de dix-huit ans.
Je peux dire qu’avoir plus de deux parents légaux ne pourra qu’être un cauchemar pour un enfant ».
Deux thérapeutes, américaines aussi, Judith Wallerstein et Joan Kelly (Pour dépasser la crise du divorce – Judith Wallerstein et Joan Kelly – éd Privat) ont publié leurs analyses sur les effets du divorce sur un échantillon d’enfants qu’elles ont eu à suivre. Parmi ces effets, nous n’en citerons que quelques-uns :
La peur de l’abandon, spécialement chez les petits qui « s’inquiétaient de savoir qui s’occuperait d’eux, qui les nourrirait, qui les protégerait. Un tiers d’entre eux appréhendait également d’être abandonnés par la mère ».
Un sentiment de culpabilité : « je ne suis pas assez aimable pour que mes parents restent ensemble. »
Conflit de loyauté : « ça me coupe en deux » disait un enfant en parlant du divorce de ses parents et en abattant le tranchant de sa main en travers de son front, à la manière d’une hache.
Une identité ébranlée : J. Wallerstein raconte comment certains enfants, pleins d’anxiété, comparaient leurs caractéristiques physiques à celles de leurs parents, comme s’ils essayaient de recoller en un tout les morceaux épars.
Leur appréciation du bien et du mal affectée par le désenchantement devant le comportement des parents qui leur avaient servi de modèle.
Sexualité précoce : il est généralement réconfortant pour les adolescents de considérer leurs parents comme vieux et asexués. L’invisibilité relative de la sexualité, dans la famille intacte, renforce leur capacité à maîtriser leurs besoins sexuels.
Ralentissement ou accélération désordonnée du développement (notamment la puberté).

J. Wallerstein et J. Kelly notaient que cinq ans plus tard, même si les choses étaient apparemment rentrées dans l’ordre pour la plupart, « 37 % de ces enfants et adolescents étaient atteints de dépression multiforme » (tristesse intense, délinquance, promiscuité sexuelle, alcoolisme, difficultés scolaires, colère intense, apathie, agitation, sentiment d’être mal aimé…)
Tous ces effets du divorce des parents ne sont bien sûr pas une fatalité et ne se retrouvent pas tous en même temps chez chaque enfant. Il est même certain que des enfants s’en sortent plutôt bien. Cette détresse des enfants est cependant suffisamment répandue pour qu’on s’y arrête.
Ce désastre est officiellement reconnu par Catherine Dolto que J. Brunet cite dans sa conclusion du rapport 2015 de l’UNICEF : « Nous avons tellement banalisé ces modes de vie qu’il est maintenant considéré comme ringard de valoriser une famille unie et rassemblée sous le même toit. C’est oublier que du point de vue des enfants, rien de tout ça n’est banal et qu’ils payent un lourd tribut en souffrance psychoaffective à ces nouvelles manières qu’ont les adultes de chercher un bonheur, toujours espéré, souvent différé ».
Après ce constat lucide, sa conclusion diffère radicalement de la nôtre car elle ajoute : « De toute façon on ne pourra pas revenir en arrière et c’est à la société de s’adapter à ces nouvelles formes ».
S’adapter à ces nouvelles formes, cela revient en quelque sorte à organiser des soins palliatifs de la souffrance des enfants. On gère leur souffrance sans chercher à en éliminer les causes.
Ce qui veut dire que l’on se résout, dit Jérôme Brunet, à ce que « 20% des élèves accaparent 80% de l’énergie des enseignants ». On s’accommoderait du fait que, sur les 124 000 enfants placés dans desfoyers ou dans des familles d’accueil, 113 000 le sofnt parce qu’ils sont en danger, le plus souvent dans leur propre famille aux compositions, décompositions et recompositions bien aléatoires ! Et 321 000 font l’objet de mesures éducatives de l’action sociale à l’enfance. Tout ceci à la charge des départements pour 7,3 milliards d’euros annuels.


Que faire alors ?
En droit, l’objectif est que rien ne change pour les enfants


La communication d’Aude Mirkovic, juriste réputée pour son engagement pour la cause des enfants, a montré comment le code civil s’efforce de faire en sorte qu’en cas de divorce « l’intérêt supérieur de l’enfant » soit préservé. « L’objectif, dit-elle, est que rien ne change pour les enfants ».
En effet, rien ne change pour la filiation, les successions, les obligations alimentaires ; on va même jusqu’à décréter que « le couple parental survit au couple conjugal ». On va essayer de faire « comme si » rien ne changeait. Mais « si, en théorie rien ne change, en pratique tout change ». Madame Mirkovic démontre la complexité, la source de conflits sans cesse renaissants, la cause d’insatisfaction chronique que sont les problèmes de résidence de l’enfant, les droits de visite et d’hébergement, les espaces de rencontre, le maintien du lien avec le père, parfois avec la mère. « L’organisation idéale, si tant est qu’elle existe, ne fera pas disparaître la séparation des parents. »
Toute sa démonstration tient en trois phrases :
Le mariage, qui dure, est le cadre le plus adapté aux besoins des enfants, non pas parce que les gens mariés seraient les meilleurs mais parce qu’il offre à la famille un cadre protecteur et sécurisant.
• Il rend un service public qui n’est plus à démontrer.
• Tout est fait pour faciliter le divorce alors qu’une seule mesure favorable au mariage serait au moins aussi profitable aux enfants que tous les efforts réunis pour tenter de les protéger en cas de divorce.


Le divorce, une mauvaise réponse à des problèmes réels


Marc d’Anselme, psychologue clinicien, spécialiste des couples et des adolescents, a redonné une

note d’espoir dans ce tableau un peu sombre en montrant qu’il n’y a pas de fatalité du divorce et que, mieux que celui-ci, on peut, dans beaucoup plus de cas qu’on ne pense, redécouvrir la joie d’un mariage réussi.
Son expérience professionnelle l’amène à dire que le divorce n’est bien souvent qu’une « solution en trompe l’oeil » basée sur l’illusion d’un « amour magique » rêve d’adolescent qui présupposerait qu’il n’y ait aucun problème. Il met en évidence le fait qu’un « divorce réussi », c’est un divorce où l’on a su construire une entente parentale dans l’intérêt des enfants. Or, créer cette entente parentale, c’est déjà « mettre en oeuvre des capacités qui sont, pour leur plus grande part, les mêmes que pour une entente conjugale ». Autrement dit, le chemin de la reconstruction de l’espace conjugal est déjà à moitié fait.
Ensuite, il démontre que le divorce ne règle rien car il semble qu’il se trompe gravement de cible : « au lieu d’éclairer les insuffisances de la relation, il stigmatise le conjoint comme incapable d’apporter la magie de l’amour. Dans cette optique, il faut changer de conjoint pour trouver le bon, avec lequel l’amour magique va s’enclencher. » Avec le risque d’aller de déception en déception, faute de résoudre d’abord nos problèmes personnels. De nombreux couples, bien conseillés, ont finalement pu résoudre leur problème et repartir heureux ensemble. « Sinon, à l’échec de leur vie conjugale, ils [s’apprêtaient] à rajouter un échec grave dans l’épanouissement de leur personnalité. A l’inverse, le progrès dans la vie conjugale n’a été possible qu’avec un progrès dans leur vie personnelle. »
De multiples moyens sont maintenant à la disposition des couples : sessions familiales avec un programme conjugal pour les parents, week-end de réflexion conjugale, conseillers conjugaux sérieusement formés, psychothérapies avec des spécialistes de la vie conjugale, etc.
Si elle est parfois inévitable, la séparation des parents est cependant loin de résoudre tous les problèmes et il y a d’autres moyens de retrouver une vraie liberté à l’intérieur d’une vie conjugale reconquise, pour le plus grand bonheur des enfants, mais aussi des parents !
C.G.
NB. M. d’Anselme peut dire que 75% des couples qui viennent le consulter mènent la thérapie à son terme avec succès, c’est-à-dire qu’ils s’affirment désormais heureux ensemble.