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La baisse des naissances se confirme en France métropolitaine

 

L’INSEE vient de fournir le nombre des naissances en France métropolitaine pour le mois de

septembre : 65 400. Ce chiffre et ceux des deux mois précédents confirment la baisse qui

caractérisait déjà les 2 premiers semestres de l’année : pour ce troisième trimestre 2015, il

manque 4 900 naissances par rapport à la moyenne des troisièmes trimestres de 2001 à 2014.

Sur les trois trimestres 2015, le « déficit » par rapport à la moyenne des 14 premières années

de ce siècle est de 14 700 bébés. Un rapide calcul de Jean Legrand, démographe indépendant,

donne un taux de fécondité descendu à 1,92. La France commencerait-elle à s’aligner sur la

natalité de ses voisins continentaux, elle qui constituait une heureuse exception au déclin

démographique européen ?

S’il s’agissait du PIB, cette baisse d’environ 3 % serait partout commentée sur un ton

alarmiste. Les chiffres démographiques suscitent bien moins d’agitation médiatique, mais ils

n’en sont pas moins importants pour autant. Certes, à court terme nous ne ressentirons guère

d’effets en matière d’emploi ou de niveau de vie. Mais il en va des naissances comme des

décisions d’investissement à long terme, par exemple celles de nouvelles infrastructures :

c’est l’avenir de notre pays qui est en jeu, car les nouveau-nés d’aujourd’hui sont les écoliers

de demain, les lycéens d’après-demain, les étudiants de 2035 et finalement les moteurs de

l’économie des décennies 2040 à 2080. Diminuer l’investissement dans la jeunesse, que ce

soit quantitativement (naissances) ou qualitativement (affaiblissement actuel du niveau de

formation générale et professionnelle), c’est aller dans la mauvaise direction.

La procréation dépend certes moins des décisions politiques que ce n’est le cas pour la

formation initiale, très dépendante de l’Éducation nationale. Néanmoins, elle est impactée par

la conduite des affaires de l’État : l’usage systématique des prestations familiales et du

quotient familial comme variables d’ajustement des budgets de la sécurité sociale et de l’État

entraîne non seulement des difficultés pécuniaires immédiates pour les familles, mais de plus

et surtout montre aux jeunes couples que la politique familiale est devenue fragile, qu’elle

peut être mise à mal d’un simple trait de plume. La légèreté avec laquelle sont prises les

décisions relatives à l’enseignement joue dans le même sens.

Or, même si mettre des enfants au monde est se placer du côté des aventuriers des temps

modernes, cela ne signifie en aucune manière se lancer de façon irréfléchie. De même que les

alpinistes, s’ils ne sont pas inconscients, vérifient soigneusement l’état de leur équipement et

les prévisions météo avant de se lancer dans une grande course en montagne, de même les

parents potentiels sont-ils nombreux à s’interroger sur la fiabilité et la stabilité des dispositifs

sur lesquels ils pourront s’appuyer une fois lancés dans la grande aventure. S’ils constatent

qu’on ne peut pas faire confiance à ceux dont dépend la politique familiale, certains différent

leur projet, voire même y renoncent. La mal-gouvernance de notre pays joue

vraisemblablement un rôle non négligeable dans la baisse du nombre des naissances qui y est

en cours.

 

Jacques Bichot

Publié par Économie matin le 27/10/2015