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"Les Déshérités ou l'urgence de transmettre" de Fr.X. Bellamy

 

 

 

Bellamy 3

 

L’Education Nationale, un échec ? La crise de la culture, une question de moyens, de financement ? La démission supposée des parents, un problème conjoncturel ? Non, démontre résolument François-Xavier Bellamy, mais plutôt une réussite complète, un succès absolu, un accomplissement total…d’un programme parfaitement explicité et annoncé par… Descartes, Rousseau et Bourdieu.

 

Notre jeune normalien avoue avoir compris ce fil conducteur lorsque le jour de sa première rentrée,   il a entendu l’inspecteur général, venu exhorter les nouveaux, répéter sept fois en une heure : « Vous n’avez rien à transmettre ».

 

Au long de 200 pages à lire d’une traite, notre auteur oppose, en contrepoint des Héritiers de Pierre Bourdieu, de L’Emile de Rousseau et du Discours de la Méthode de Descartes, un magnifique plan de relégitimation de notre héritage culturel et avec lui, du ciment social que seule peut permettre la fière transmission, de génération en génération, de tout un capital commun.

 

Car, à vouloir comme Bourdieu et ses pédagogues, éliminer les « Héritiers » d’une culture dite de classe, ce sont des générations entières, toutes classes confondues, qui sont maintenant « Les Deshérités ».

 

Descartes : refuser toute connaissance reçue

 

Ainsi, Descartes enseigne-t-il dans le Discours de la Méthode qu’il faut commencer par refuser toute connaissance reçue car tout ce que l’on n’a pas découvert et construit soi-même est « douteux et incertain ». Le livre est l’ennemi n°1 : « J’avais parcouru tous les livres et je n’avais pas fait un pas de plus… ». Le grand malheur de l’homme est d’être né enfant, c’est-à-dire dépendant des autres et malléable, soumis à la transmission. L’éducation consiste à se libérer de tout ce qu’on a reçu : « Ne chercher plus d’autre science que celle qui se pourrait trouver en moi-même » ou encore « Ne rien croire trop fermement de ce que nous avons reçu par l’exemple ou par la coutume de ceux qui nous ont précédés. » C’est la naissance du doute et du relativisme.

 

Rousseau : la volonté de l’enfant, seul moteur

 

Pour Rousseau, on est au même diapason avec la lecture de l’Emile. La nature est infiniment préférable à la culture et  l’éducation est déjà une altération puisque c’est une culture,  interprète F.X. Bellamy. Il voit dans le film Avatar  une parfaite réalisation de L’Emile dans son opposition entre l’homme à l’état social stupide, malheureux, méchant, avide et très savant et l’autre, l’homme à l’état naturel, heureux et ignorant (avec sa natte « branchée » sur la nature).

 

Ses théories sur l’éducation sont largement transposées aujourd’hui : l’éducateur doit d’abord retirer l’enfant à ses parents, puis il ne doit rien lui enseigner mais l’accompagner. « L’élève doit dire :je ne sais pas. le maître : je ne sais pas, cherchons ». L’autorité ne signifie plus « conduire plus haut » mais « être aimé de l’enfant ». La volonté de l’enfant, qui ne doit rien faire malgré lui est le seul moteur de l’apprentissage.

 

 

 

Bourdieu : la culture et l’école discriminantes

 

Bourdieu,  plus marxiste que Marx  s’insurge contre le capital culturel qui se transmet, à l’instar du capital économique. Pour lui, la culture et le système scolaire reproduisent les classes dominantes au lieu de les supprimer : aux antipodes de l’égalitarisme, c’est un lieu de sélection impitoyable. Mettre des notes, c’est sélectionner et il va jusqu’à parler d’un « tribunal scolaire ». L’élève qui s’applique « et qui marche dans les pas de ses maîtres » ne prend pas assez de distance avec ce qu’on lui impose. Il est jugé sévèrement par l’école Bourdivine, comme « trop scolaire ». (Dernière adepte de Bourdieu, Najat Vallaud Belkacem qui supprime aujourd’hui les notes)

 

 

 

Bref, décryptée par ce brillant professeur, l’éducation est une faiblesse pour Descartes, une faute pour Rousseau, un crime pour Bourdieu.

 

Pour refonder la société, fonder l’acte de la transmission

 

 

 

Pour Xavier Bellamy, ce n’est « qu’en nous recevant de l’autre que nous devenons nous-mêmes ». Ne rien devoir à personne, comme il est de règle aujourd’hui, c’est se couper de ses racines et donc s’asphyxier.

 

La culture n’est pas à opposer à la nature, elle vient la couronner, l’ordonner. Elle permet d’échapper à l’immédiateté, à l’impulsivité du règne animal. Cette culture qui n’est que confusion pour Descartes, altération pour Rousseau et aliénation pour Bourdieu, est en fait toujours selon Bellamy un instrument de médiation. C’est ce qui permet à l’homme d’être un être de relation et non un individu solitaire. Elle nous ouvre à la différence qui, contrairement à l’égalitarisme, permet la relation et l’échange.

 

La reconnaissance est le préalable à la transmission : ne peut transmettre que celui qui reconnait avoir reçu. Quelqu’un qui prétend n’avoir rien reçu de personne et ne devoir rien qu’à lui-même ne saura, ne pourra ni ne voudra rien transmettre à son tour. C’est tout le drame de l’éducation moderne qui met l’élève devant un monde indifférencié et qui l’empêche de faire des choix, donc de grandir.

 

« Il est donc nécessaire de vivre, comme une urgence personnelle et collective, l’expérience de la reconnaissance. Nous ne nous sommes pas faits tout seuls. » Seule la reconnaissance légitime l’autorité. Ce que je transmets, ce que j’enseigne, je ne l’ai pas trouvé tout seul ; je le dois à d’autres avant moi qui en ont vérifié la pertinence. Et seule l’autorité peut guider vers la liberté.

 

Cet excellent petit livre, écrit par celui qui fut notre conférencier à la dernière assemblée générale de Famille et Liberté, est à lire absolument : le diagnostic très sévère y est contrebalancé par la recette vigoureuse et enthousiasmante du contrepoison.

 

C. G.

 

 éd. Plon ; 2014 ; 200 Pages ; 17 €